Actualités de la Banque Numérique des Patrimoines Martiniquais http://portail.cg972.mnesys.fr 60 Juillet 2017 http://portail.cg972.mnesys.fr/?id=313_318_350 http://portail.cg972.mnesys.fr -- Juillet 2017 Un vulcanologue américain à Saint-Pierre, 1930-1940     Frank A. Perret est né à Hartford dans le Connecticut, Etats-Unis, le 2 août 1867. Ingénieur électricien de formation, spécialisé dans les inventions, il entreprend des études de vulcanologie à l’âge de 35 ans et fait de l’éruption du Vésuve de 1906 son sujet d’étude. En 1930, il s’installe à la Martinique quelques mois après le début de l’éruption de 1929 et depuis un poste d’observation étudie les manifestations du volcan. Il produit de nombreux rapports qui permettent de reconnaître les mêmes stades successifs que ceux mis en évidence lors des éruptions de 1902 par Alfred Lacroix, son contemporain, dont il rallie les théories nouvelles sur les nuées ardentes, et avec lequel il garde un contact permanent. La municipalité de Saint-Pierre alloue à Frank Perret une partie du terrain de l’ancienne batterie militaire D’Esnotz située dans le quartier du centre sur lequel il construit un musée de vulcanologie qui porte son nom. C’est pour la Martinique qu’il le construit, souhaitant la doter d’un nouveau et précieux document sur l’histoire et la science. Il y parvient grâce aux dons de personnalités diverses, américaines et françaises, et grâce à l’octroi d’une subvention de 30 000 francs par le ministère des Colonies. Il fait don du Musée à la ville qui en devient propriétaire à son décès en 1943. Franck Perret produit des œuvres scientifiques sur le Vésuve, le Montserrat, pour lequel il établit des relations entre les phénomènes volcaniques profonds, les manifestations éruptives et la séismologie, et sur le cycle éruptif de la Montagne Pelée qui donne lieu à une publication « L’éruption de la Montagne Pelée, 1929-1932 », en 1935. Il collabore avec l’Académie des Science de Paris, l’Institut Carnegie Washington dont il est membre, et avec de nombreux autres instituts étrangers. Ses travaux, illustrés de ses propres photographies, sont publiés dans divers magazines et revues scientifiques dont le Naturel History et l’American Journal of science. Son travail scientifique s’étoffe de nombreux brevets d’inventions en vulcanologie telle le séismomètre qui permet de déterminer le nombre de secousses ressenties et la direction dans laquelle elles se sont produites, et l’enregistreur des émanations de gaz volcaniques, appareil destiné à simplifier la surveillance des stades pré et post éruptifs. Il quitte la Martinique en 1940 pour rejoindre les Etats-Unis où il s’éteint en 1943 à l’âge de 76 ans.   Pour en savoir plus : A consulter aux Archives de Martinique : . Fonds du gouvernement de la Martinique, 1M 10582/A et 1M 90551/D . Volcanologiecal observation, F. A. Perret, réédition 1950, B2/51 . The volcano. Seismic at Montserrat, 1933-1937, F. A. Perret, 1939, 4°H10060 . 1902 et après : conséquences et représentations de l’éruption de la montagne Pelée (1902-1930), Archives départementales de la Martinique, 8°H12607 . Saint-Pierre avant et après : guide pour la visite, Maïotte Dauphite, 8°H12119   En illustration : 1 - Portrait de Franck Perret devant l’entrée du musée vulcanologique à Saint-Pierre. Photographe Victor Sainte Luce. Martinique, 1937. Archives de Martinique, 35Fi30. 2 - Le musée de Franck Perret en construction. Archives de Martinique, 35Fi109. 3 - Le musée de Franck Perret terminé. Photographe Victor Sainte Luce. Martinique, 1937. Archives de Martinique, 35Fi25. 4 - Objets fondus et agglomérés par la chaleur de l’éruption de 1902 exposés au Musée Franck Perret. Photographe Victor Sainte-Luce, 1937, Archives de Martinique, 35Fi26. Reproduction soumise à autorisation Novembre 2015 http://portail.cg972.mnesys.fr/?id=321 http://portail.cg972.mnesys.fr -- Novembre 2015 Extrait du cahier de chansons d’Etienne Albert Bezaudin et Rémy Charlery-Adèle, 1923-1926, 1J 239/8, (vue numérisée 21). Le cahier complet est consultable dans la BNPM.   Cette chanson, composée par un auteur anonyme, sur l’air du Temps des cerises, et recopiée dans un cahier de chansons et de poèmes, ouvert par Albert Bezaudin, imprimeur-relieur à Fort-de-France des années 20 aux années 50, renvoie explicitement par son titre à l’expérience de la Première Guerre mondiale. Un amoureux au front envoie à sa belle trois fleurs, bleues, blanches et rouges, du printemps à l’été. Pourtant ici, il ne s’agit pas principalement d’exalter le sentiment patriotique, car le thème est empreint de l’incertitude de l’avenir, de la perspective de la mort qui devient explicite par la métaphore associant le sang et le coquelicot. L’air de la chanson accentue la tristesse de cette ballade, dans la veine élégiaque de la chanson populaire française.   Un important corpus de chansons s’est constitué au cours de la Première Guerre mondiale, répondant à des objectifs distincts : - chansons à visée patriotique, destinées à stimuler l’esprit combatif contre les « Boches » ou à soutenir le moral des troupes et de l’arrière. Diffusées dans les music-halls, elles valorisent les aspects conviviaux de la vie militaire, comme la fameuse Quand Madelon, devenue dès 1914 « la Marseillaise des tranchées » ; après 1918, ce répertoire célèbre la victoire française ; - mais aussi chansons pacifistes, aux textes qualifiés de « défaitistes » qui relatent l’expérience douloureuse de la guerre, la plus célèbre d’entre elles étant la Chanson de Craonne (sur un air de René Peltier et Charles Sablon -« nous sommes les sacrifiés »), diffusées après guerre dans le milieu communiste ; - enfin, les textes qui se situent dans le contexte de guerre, mais qui expriment les états d’âme variés des hommes au front, ou de la population à l’arrière, dont relèvent ces Fleurs des tranchées.   En Martinique, une partie de ce répertoire a été largement diffusée par le biais de l’école et des groupes de jeunesse, et dans la petite bourgeoisie instruite. Albert Bezaudin (1898-1966), incorporé comme soldat en juin 1918, sous le n° 115 a par chance échappé au théâtre de la guerre. Son cahier révèle néanmoins l’imprégnation de l’esprit patriotique : à côté de plusieurs titres comme Le Drapeau , Chant pour l’Alsace, La Marche du poilu, et de chansons sentimentales sur fond de guerre, comme Choisis Lison, on y trouve des compositions locales : par exemple les poèmes signés ChR (Rémy Charlery-Adèle, grand ami des Bezaudin) qui évoquent l’immédiat après-guerre et la victoire française (Au bord du Rhin).   L’expérience directe ou indirecte de la guerre a également suscité un répertoire, créé à partir des formes musicales propres à la Martinique et à la Guadeloupe : c’est ainsi qu’on trouve, dans la musique bèlè et gwo ka, plusieurs chansons dont les paroles réfèrent au front d’Orient (A Dardanelles) où beaucoup d’Antillais ont combattu, ou à l’Alsace et la Lorraine (Cé l’Alsace, cé la Lorraine, interprété par Ti Raoul Grivalliers dans les années 1960), régions annexées par l’Allemagne après la défaite française de 1870, et dont le souvenir alimentait le patriotisme tous azimuts, y compris aux colonies.   Il est possible aujourd’hui de réécouter de nombreuses chansons, rééditées ou réinterprétées, en édition CD ou sur des sites en ligne. Pour en savoir plus :   Wion, Pascal, 14-18 : la victoire en chantant. Histoire de la Grande guerre au travers des chansons de l’époque, Paris, AUzas-Imago, 2013   La Fleur au fusil, éditions Radio-France, 2014   Chants nationaux et patriotiques des alliés, site gallica.bnf.fr   Le CD du groupe Tichot   Carnet de chants, site francebleu.fr   La guerre de 14-18 en chansons, site francemusique.fr   Un cahier de chansons de poilu, tenu par Fernand Epron   remerciements à Robert Charlery-Adèle, pour le document et son identification. Octobre 2015 http://portail.cg972.mnesys.fr/?id=313_318_320 http://portail.cg972.mnesys.fr -- Octobre 2015 1940-1943 : « an tan Robè », le Conseil général entre parenthèses   Documents associés : Motion du Conseil local ADM, 1N11811/B Rétablissement du Conseil général : convocation du gouverneur Louis Ponton à une session extraordinaire, juillet 1943 Reproduction soumise à autorisation   « Je jure de garder et observer les lois et règlements en vigueur dans la Colonie, de tenir secrètes les délibérations de la Commission administrative, et de n’être guidé dans l’exercice des fonctions que je suis appelé à y remplir que par ma conscience et le bien du service de l’Etat Français ». (Texte du serment prêté par les membres de la Commission administrative à leur prise de fonctions)   En France, l’instauration de l’Etat français, dirigé par le maréchal Pétain, au lendemain de la signature de l’armistice (juin 1940), sonne le glas de la IIIème République accusée par le pouvoir en place d’avoir conduit la France à la ruine. Les instances démocratiques volent en éclat et sont remplacées par de nouvelles, inféodées au chef.   Aux Antilles, l’amiral Robert, haut-commissaire de la République aux Antilles et en Guyane, arrivé en Martinique en septembre 1939, représente le nouveau régime. Il est chargé de « coordonner toutes les mesures intéressant directement ou indirectement la défense nationale, l’ordre intérieur et l’économie locale » et applique à la lettre les directives de Vichy. En rupture avec les principes de la République, et pour contrer toutes velléités d’opposition, les sessions des conseils généraux et municipaux, lieux d’exercice de la démocratie locale, sont suspendues par la loi du 27 octobre 1940. Les conseillers généraux gênants sont déclarés démissionnaires d’office par arrêté du secrétaire d’Etat aux Colonies. En Martinique, entre autres, Maurice des Etages, président du conseil général, se voit notifier sa démission d’office alors qu’il subit une mesure d’internement administratif au motif d’apporter son aide aux jeunes dissidents.   Aux conseils généraux suspendus, se substituent les commissions administratives, conseils restreints à simple vocation consultative, placées sous l’autorité du gouverneur à qui revient, de plein droit, les pouvoirs dévolus aux conseils généraux et aux commissions coloniales. En Martinique, placé sous l’autorité de l’amiral Robert, le gouverneur dirige une administration recomposée et la nouvelle commission administrative. Au nombre de sept, nommés par arrêté du secrétaire d’Etat aux Colonies, les membres de cette commission sont choisis (et révocables) parmi les membres de la commission coloniale, du conseil privé et sont proposés par le gouverneur : représentants du monde industriel et commercial, fidèles du pouvoir en place, tous prêtent serment de servir l’Etat français.   En 1942, contesté et impopulaire, le régime, sous pression, instaure aux Antilles, à la Réunion et à la Guyane, des conseils locaux destinés à succéder aux conseils généraux d’avant-guerre. Par décret du 25 septembre 1942, il consent à desserrer l’étau et confie à ce nouveau conseil les attributions dévolues à l’ancien conseil général (à l’exception des contributions et taxes qui ne pourront être instituées et modifiées que par arrêté du gouverneur pris en conseil privé après avis de la commission administrative substituée au conseil général). En Martinique, le gouverneur Nicol, dans son discours d’ouverture de la 1ère session du Conseil local, le 24 décembre 1942, s’adresse en ces termes aux conseillers : « sorte de transition entre la Commission administrative et l’ancien Conseil général, appelés en toutes circonstances à éclairer l’Administration de votre avis sur les questions qui touchent à l’intérêt général de la Colonie, vous assurerez le règlement des affaires qui vous seront dévolues. La nouvelle législation demande en outre au Conseil local de renoncer aux questions politiques et d’établir à l’avance et de s’y conformer un ordre du jour préalablement soumis au chef de la colonie ».   Avec le ralliement de la Martinique à la France libre, ces dispositions sont abrogées par le décret du 22 juillet 1943 qui rétablit les conseils généraux et les commissions coloniales aux Antilles. En Martinique, le conseil général est réinstallé le 29 juillet 1943 lors d’une session extraordinaire empreinte de solennité présidée par Emmanuel Hermence-Véry, en présence du ministre plénipotentiaire Henri Hoppenot, délégué extraordinaire du Comité français de la Libération nationale, et du gouverneur Louis Ponton. Réunis au théâtre municipal de Fort-de-France, les conseillers rassemblés autour d’Hoppenot procèdent, selon les mots de ce dernier, à « la restauration de la légalité et des libertés républicaines ». Une motion est adoptée à l’unanimité dans laquelle le conseil témoigne sa gratitude au Comité Français de la Libération nationale, et exprime sa fierté à l’ancien gouverneur Félix Eboué « de voir son nom associé à celui du général de Gaulle ». Il adopte le vœu émis par le Comité martiniquais de Libération nationale que le camp de Balata, « centre héroïque de la résistance », porte désormais le nom de « Camp Tourtet » de Balata. Septembre 2015 http://portail.cg972.mnesys.fr/?id=313_318 http://portail.cg972.mnesys.fr -- Septembre 2015 Au cœur de la construction d’une élite locale : les bourses et les prêts d’honneur à l’époque coloniale   Documents associés : Lettre ouverte à Monsieur le Président du Conseil général de la Martinique, signée Gilbert Gratiant, Montpellier, le 8 novembre 1932 – ADM, 38J39 En illustration : Emile Sylvestre et Eustache Lotaut. Bourses dans la Métropole, Annuaire de la vie martiniquaise 1936, Imprimerie du Gouvernement, Fort-de-France, 1935, p. 80. L’Etudiant Martiniquais : organe de l’Association des étudiants Martiniquais en France, n° 1, 15 janvier 1932 Reproduction soumise à autorisation   La formation des jeunes Martiniquais est un réel sujet de préoccupation pour l’assemblée locale qui, dès la IIIème République, affiche son ambition de construire une élite, représentative de la société martiniquaise, formée dans les meilleures écoles en France : juristes, médecins, ingénieurs, techniciens et ouvriers qualifiés, tous capables d’œuvrer à l’édification du pays.   La question de l’aide à l’éducation sous forme de bourses, d’allocations, de prêts d’honneur et de secours scolaires a fait l’objet de vives discussions au sein de l’assemblée locale, donnant lieu aussi à de nombreux désaccords avec le gouvernement : insuffisance des crédits alloués au budget local, inégalité dans la répartition des bourses, insuffisance du taux des bourses des étudiants en France, irrégularités et favoritisme dans l’attribution des prêts d’honneur aux étudiants, insuffisance des bourses pour les filières techniques et professionnelles. Si le Conseil général a l’initiative de l’inscription des crédits au budget de la Colonie, la répartition en définitive des sommes à allouer appartient à l’exécutif, autrement dit au gouverneur. Le débat se cristallise particulièrement sur le droit de désigner les bénéficiaires, le Conseil général n’ayant de cesse de chercher le meilleur système à instaurer pour imposer ses choix face à l’Administration.   Ainsi, pour les étudiants en France, parallèlement au système des bourses réparties par l’Administration selon les résultats des concours auxquelles elles sont subordonnées, le Conseil général adopte en 1929 le système du prêt d’honneur d’après la législation en vigueur en France (et pas appliquée en Martinique). Il s’aménage par conséquent un espace d’autonomie et fait du prêt d’honneur, aide ponctuelle, remboursable à terme, son moyen d’action pour démocratiser l’accès aux facultés en soutenant les étudiants en difficultés financières qu’il juge méritants. Le Conseil général revendique le droit de désigner lui-même les bénéficiaires en vertu d’une convention intuitu personnae qui lui impose l’obligation de discerner individuellement ses co-contractants. L’application d’un tel système est vite remise en question : de son côté, l’Administration conteste ce droit au Conseil général, désignant d’autorité des bénéficiaires ; le Conseil général, quant à lui, voyant ce droit lui échapper, dénonce un système devenu arbitraire, sur lequel pèse aussi le risque de non remboursement des sommes prêtées, et décide de sa suppression en 1932. Il est finalement rétabli quatre ans plus tard par nécessité sociale, le budget des bourses ne suffisant plus à aider les jeunes bacheliers, de plus en plus nombreux à s’inscrire aux concours des bourses.   Dans ce contexte tendu autour de l’attribution d’aide aux étudiants, des situations individuelles, parfois relayées par les représentants parlementaires saisis par les étudiants et leurs familles, sont examinées au cours des séances de l’assemblée locale, donnant lieu à des échanges nourris, voire conflictuels, entre les représentants de l’Administration et les élus, chacun défendant son point de vue. En 1932, des étudiants martiniquais à l’initiative de la revue contestataire Légitime Défense publiée à Paris, sont menacés de voir leurs bourses supprimées par l’Administration qui juge leurs propos « subversifs ». Dans une « lettre ouverte », Gilbert Gratiant, alors professeur d’anglais en France, pourtant cible privilégiée de la revue qui dénonce son « conformisme impénitent », son « passéisme » et son « compasséisme », appelle le président du Conseil général à prendre position sur les motifs d’une telle mesure dont ces « jeunes gens ardents, au cœur bien placé » seraient menacés. Si l’assemblée locale désapprouve ces boursiers pour leurs opinions, elle demande à l’Administration de ne pas les sanctionner, avançant que toute mesure de rigueur serait préjudiciable aux parents. Derrière cet argument, l’enjeu que Gilbert Gratiant met en lumière et auquel l’assemblée locale souscrit pleinement, est celui de la construction d’une élite martiniquaise éclairée, critique, audacieuse, capable de décider et d’agir en pleine conscience d’elle-même pour défendre les intérêts de la Colonie. Jusqu'à notre période contemporaine, cette ambition n’a eu de cesse d’animer le Conseil général dans son action pour la jeunesse en formation. Août 2015 http://portail.cg972.mnesys.fr/?id=313 http://portail.cg972.mnesys.fr -- Août 2015 Illustration : Monument à Ernest Deproge, à la date de son inauguration, place Fabien (1925) Archives départementales de la Martinique, D31/7 Reproduction soumise à autorisation Ernest Deproge " porte-voix du Conseil général " Fort-de-France, 1850 - Sanvic (Seine-Maritime), 1921 Ephémère président du Conseil général, Ernest Deproge a néanmoins marqué profondément l'histoire de cette assemblée, par son aura politique et par son soutien, en tant que député, à ses initiatives républicaines. Petit-fils, par sa mère Louise-Marie-Elizabeth, du célèbre Fabien, condamné aux côtés de Volny et Bissette, pour avoir osé réclamer l'égalité politique des libres de couleur sous la Restauration, Deproge appartient à l'élite sociale des " grands mulâtres " dont Schoelcher attendait qu'elle porte le flambeau de l'émancipation de tous les noirs. Après un cursus au lycée de Rouen, il achève sa licence à l'Ecole de droit d'Aix-en-Provence, lorsque la guerre franco-allemande de 1870 éclate. Deproge s'engage, mais la défaite française met rapidement un terme à sa carrière, lui laissant un fort sentiment patriotique. Il rentre alors à Fort-de-France, où il s'établit comme avocat et entre dans la carrière politique. Il est élu en 1880 au Conseil général, qu'il préside pendant un an. En 1881-1882, deux actes le lancent durablement en politique : il prononce au Lamentin, en septembre 1881, un discours, véritable programme du parti républicain, contre les forces conservatrices des anciens maîtres esclavagistes qui ont dominé le Conseil général et la politique locale sous la Monarchie de Juillet et le Second Empire. Avocat, il plaide en 1882 pour la défense des accusés du sac de la maison du docteur Lota et emporte triomphalement l'acquittement. La même année, il est élu député et part siéger à l'Assemblée nationale aux côtés des radicaux, où il défend la politique en faveur de l'assimilation républicaine des colonies jusqu'à la fin de son dernier mandat, en 1898. Avec Marius Hurard, il est à l'origine des mesures votées par le Conseil général pour mettre fin à l'immigration indienne, pour empêcher la mainmise du Crédit foncier colonial sur la propriété et promouvoir la petite propriété à la Martinique. Il s'opposera, à la Chambre, à l'application du tarif général des douanes, mesure qui, tout en mettant fin à la capacité de moduler les taxes douanières entre la métropole et ses colonies, et donc de défendre la production locale contre la concurrence, porte atteinte au plus important pouvoir du Conseil général en matière économique. Simultanément, Deproge plaide en faveur d'une assimilation intégrale, celle qui fera de tous les Antillais des citoyens à part entière, notamment par l'application de la loi sur le recrutement militaire (1889). En matière coloniale, il soutient l'annexion de Madagascar, en ce qu'elle doit mettre fin à l'esclavage encore en vigueur dans l'océan Indien dans les années 1890. Battu aux élections législatives de 1898, il se retire de la vie politique, prend les fonctions de directeur de la Banque de la Réunion. Les dernières années de sa vie sont marquées par la maladie, hémiplégie et perte de la vue. Il s'éteint en 1921 en Seine-Maritime. Deproge est une illustration du paradoxe des élites antillaises de la IIIe République : tout à la fois promoteur de l'action coloniale française et fervent défenseur de valeurs d'émancipation et d'égalité qui, à terme, minent la colonisation mais pour le moment servent à justifier l'expansionnisme français. On comprend dès lors sa rupture avec Marius Hurard dont on peut faire une double lecture : - Fidélité à la ligne assimilationniste, alors que Hurard s'allie avec les békés pour réclamer plus d'autonomie vis-à-vis de la métropole ; - Probité extrême et attachement aux valeurs de la République radicale, face à l'opportunisme de Hurard. Sa mémoire est portée, entre-deux-guerres, par un comité d'initiative comprenant plusieurs conseillers généraux et conseillers municipaux, dont Louis Percin, Octave Desportes et de grands fonctionnaires martiniquais tels Paul Nardal, Ernest Braban, ou encore Jules Monnerot. C'est ainsi que son buste est inauguré en 1925, sur la place Fabien et que la rue du bord de mer, où se trouve sa maison familiale, est dénommée rue Ernest Deproge. Bibliographie Inauguration du monument élevé sur la place Fabien, à Fort-de-France, en mémoire d'Ernest Deproge, ancien député de la Martinique (12 juillet 1925), Fort-de-France, Imprimerie Deslandes, 1925, 32p., ADM Bib B 317 Documents en lien -> Acte de naissance n°607, Fort-de-France, 1850, du 28 août 1850, ANOM, voir vue n°150 en bas de page de gauche. -> Portrait d'Ernest Deproge, extrait de Histoire de la Martinique : à l'usage des cours supérieur et complémentaire des écoles primaires (p. 153), bibliothèque MANIOC. -> Photographies de la rue E. Deproge à Fort-de-France Juillet 2015 http://portail.cg972.mnesys.fr/?id=311 http://portail.cg972.mnesys.fr -- Juillet 2015 Les premiers tramways en Martinique Tramway hippomobile de Saint-Pierre traversant la place Bertin Archives départementales de la Martinique, collection de cartes postales isolées, 2Fi 342 ; 2Fi 424. Reproduction soumise à autorisation Le Conseil Général de la Martinique eu dès la fin du 19° siècle à se prononcer sur des projets d'établissement de tramways devant emprunter des routes coloniales à Fort-de-France ou à Saint-Pierre. C'est ainsi que lors de sa session extraordinaire du 8 juillet 1896, il adopta une délibération en vue de répondre à une demande de concession d'une partie des routes coloniales pour l'établissement d'un tramway, formulée par la commune de Fort-de-France. Cette ligne de tramway à traction d'animaux ou à traction mécanique, au choix du concessionnaire était destinée au transport des voyageurs et des marchandises. Elle devait desservir certaines rues de la ville, le chemin vicinal entre le cimetière et l'hôpital militaire, et une partie des routes coloniales, dont les points extrêmes du parcours seraient du lieu-dit le Pont-de-Chaînes à l'usine Dillon. Le 24 novembre de la même année, il rendit un avis favorable au projet de l'industriel M. Delsuc, pour l'établissement d'une ligne de tramway au centre de Saint-Pierre, partant du marché du Mouillage à l'allée Pécoul par la route des Trois-Ponts. Il accorda par la suite diverses concessions de passages concernant des demandes d'extension des lignes aux faubourgs de Saint-Pierre, à savoir Sainte-Philomène ou encore Fonds-Coré. De ce fait en 1900, plusieurs industriels regroupés au sein de la Société des tramways martiniquais, assurèrent à Saint-Pierre l'exploitation d'un tramway à traction hippomobile pour le transport des voyageurs mais également la desserte du service postal de la ville. Ce système de tramway utilisait la force motrice de chevaux qui circulaient entre des rails installés sur la voie publique. La voie ferrée était à une seule voie et les rails posés à niveau de façon à ne pas gêner la circulation et les communications. Il est à rappeler que ce type de tramway fut très souvent utilisé comme premier moyen de transport public dans les grandes agglomérations du monde entier. Avril 2015 http://portail.cg972.mnesys.fr/?id=274 http://portail.cg972.mnesys.fr -- Avril 2015 Extraits du manuscrit de La Rue Cases-Nègres, 1948 Dépôt Archives départementales de la Martinique, 1J252 Reproduction soumise à autorisation Contexte historique : Né le 26 avril 1915 à Rivière-Salée en Martinique, Joseph Zobel, devenu aspirant répétiteur au Lycée Schoelcher pendant la Seconde Guerre mondiale, manifeste un intérêt pour l'écriture : il publie quelques nouvelles dans le journal Le Sportif et, encouragé par Aimé Césaire alors professeur au Lycée Schoelcher, il écrit son premier roman, Diab-là l'histoire d'un paysan qui décide de conquérir sa liberté par le travail de la terre auprès d'une communauté de pêcheurs dont il partage la vie. Ce roman, alors censuré par les autorités de Vichy installées en Martinique, n'est publié qu'en 1947. En 1943, alors que la Martinique rejoint la France Libre, le jeune écrivain est recruté comme attaché de presse auprès du gouverneur Ponton, émissaire de la France Libre, et assure la responsabilité de deux publications : la revue Antilla et l'hebdomadaire culturel La Semaine Martiniquaise. Après le décès du gouverneur Ponton, dont le remplaçant n'accorde pas d'intérêt aux questions culturelles, Joseph Zobel retourne au Lycée Schoelcher comme secrétaire du proviseur. Profitant d'un congé administratif, Joseph Zobel rejoint Paris en 1946 pour reprendre ses études. Il suit des cours de littérature, d'art dramatique et d'éthologie à la Sorbonne tout en assumant les fonctions de professeur adjoint au lycée François Ier. C'est le début d'une période d'intense activité littéraire au cours de laquelle Joseph Zobel publie, outre La Rue Cases-Nègres, les romans Les Jours immobiles et La Fête à Paris (suite de La Rue Cases-Nègres). Il écrit également des poèmes qu'il déclame dans divers festivals en Europe. En 1947, Joseph Zobel entame à 32 ans la rédaction du roman La Rue Cases-Nègres. Deux ans d'écriture sont nécessaires pour donner le jour à un roman autobiographique, celui de son enfance passée à Rivière-Salée en Martinique auprès de sa grand-mère, Man Tine, une ouvrière agricole soucieuse d'assurer à son petit-fils un avenir loin des champs de canne. Les éditeurs auxquels Joseph Zobel présente alors son manuscrit, Julliard, Albin Michel, La Table Ronde, refusent de le publier, le jugeant trop progressiste et entaché de créolismes. Il est finalement publié par les Editions Jean Froissart en 1950 et c'est un succès : il obtient le " Prix des lecteurs " décerné par un jury composé de mille lecteurs de la " Gazette des lettres " en octobre de la même année. Le roman acquiert ses lettres de noblesse trente ans plus tard lorsqu'il est porté au cinéma par la réalisatrice Euzhan Palcy : le film est récompensé par dix-sept prix internationaux parmi lesquels le Lion d'Argent à la Mostra de Venise en 1983. Ce roman est aujourd'hui considéré comme un chef-d'oeuvre de la littérature antillaise et figure parmi les oeuvres étudiées dans les programmes scolaires. Présentation du document : Ce document exceptionnel, dont on ignorait l'existence jusqu'à sa découverte dans un coffret en fer après la mort de Zobel, témoigne du travail de création de l'écrivain. Le manuscrit présenté ici, portant en première page la date du 1er février 1948, est sans nul doute un pré-manuscrit du roman, une première ébauche composée de 523 folios structurés en quatre parties. Le manuscrit est chargé de ratures, d'ajouts dont certains sont portés sur des bandes de papier collés à même les feuillets. Il rend compte du projet d'écriture gardé intact dans l'édition de 1950, celui de rendre hommage à sa grand-mère : Quand j'ai voulu écrire le livre, ce n'était pas pour fustiger qui que ce soit, ce n'était pas pour condamner qui que ce soit, c'était pour me livrer en toute liberté au retour du souvenir, si j'ose dire, et puis alors une manière de glorifier ma grand-mère. C'était à ce moment-là que je me rendais compte du génie qu'elle était (Joseph Zobel, Université de Laval, 1996). Commentaire historique : Ce roman nous plonge au coeur de la Martinique coloniale des années 30, à une époque où les conditions de vie à la campagne, presque cent ans après l'abolition de l'esclavage, voisines de la misère, ont peu évolué. C'est une peinture touchante, juste et sincère, d'une société en pleine mutation qui tourne de plus en plus le dos à la campagne pour venir trouver en ville du travail et un espoir de vie meilleure. Ce récit autobiographique, à dimension ethnographique, a marqué toute une génération de Martiniquais et plus largement d'Antillais, ceux auprès de qui l'école de la République a donné l'espoir, comme pour José, le narrateur, de s'affranchir de la misère. Décembre 2014 http://portail.cg972.mnesys.fr/?id=227_229 http://portail.cg972.mnesys.fr -- Décembre 2014 Interventions de Lagrosillière. Journal Le Bloc, n°446, 27 novembre 1915. Archives départementales de la Martinique, PER107/1914-1915. Reproduction soumise à autorisation. Contexte et présentation du document Dès le début de la guerre, plusieurs parlementaires des Antilles-Guyane dont le député martiniquais Joseph Lagrosillière sont intervenus à maintes reprises pour dénoncer des mauvais traitements de toutes sortes dont se plaignaient les soldats créoles. On retrouve ainsi dans la presse martiniquaise de nombreux témoignages de poilus faisant état de discriminations à leur égard de la part des autorités militaires. Le journal Le Bloc du 27 novembre 1915, publie les interventions du député Lagrosillière concernant les mauvais traitements sur ces poilus. Commentaire historique Malgré la censure qui pèse sur le courrier et l'interdiction pour les bataillons créoles de correspondre avec leurs députés, bon nombre de lettres de soldats martiniquais désespérés purent parvenir à Lagrosillière. Déjà confrontés à la dureté des combats et aux rigueurs du climat, les poilus créoles dénonçaient des brutalités, sévices, critiques et injures de la part de certains gradés européens. Ces faits parfois graves pouvaient conduire à des réactions extrêmes allant jusqu'au suicide : "le lendemain matin, on le trouve pendu au râtelier d'armes d'une chambre vide". Les députés antillais multipliaient donc les actions pour stopper ces discriminations et réclamaient des sanctions à l'encontre des responsables. Visite sur place dans les casernements, notes et lettres de soldats adressées aux ministres de la Guerre et des Colonies. La presse locale avec les journaux tels que Le Bloc, L'Union sociale ou encore La Démocratie coloniale relayait et condamnait également ces faits dans ses colonnes. Derrière tous ces mauvais traitements, les préjugés et les clichés raciaux étaient bien présents. Le soldat noir était perçu par certains gradés comme un soldat de moindre valeur et n'était pas traité sur le même pied d'égalité et de bienveillance que le soldat européen. Ainsi selon un extrait d'un rapport du commandement supérieur des troupes des Antilles il est indiqué "Le soldat créole est très peu consciencieux, réclameur, paresseux, (...) il est très difficile de lui inculquer les habitudes militaires d'ordre et d'exactitude à cause de son indolence naturelle (...)". Intérêt historique Ce document témoigne de la grande souffrance de certains soldats créoles, victimes de propos et attitudes racistes. Ces poilus qui entonnaient dès le début de la guerre l'hymne créole : "que sombre ou claire soit la peau, pour tous il n'est qu'un seul drapeau (...)" étaient sans doute loin d'imaginer pareil attitude à leur égard. Novembre 2014 http://portail.cg972.mnesys.fr/?id=227 http://portail.cg972.mnesys.fr -- Novembre 2014 Sur le "Samara", départ de recrues de la Martinique. Carte postale, cliché Leboullanger [juin 1915]. Archives départementales de la Martinique, collection de cartes postales isolées, 2Fi 1190. Reproduction soumise à autorisation. Contexte et présentation du document Les premiers départs de mobilisés antillais et guyanais vers la France et les combats se font seulement à partir d'avril 1915. L'éloignement, l'organisation du recrutement et ses aléas ont retardé l'envoi de Martiniquais sur le front. Les appelés quittent la Martinique à bord de navires aux noms évocateurs comme le Samara, le Venezuela, le Niagara, le Pérou, le Puerto-Rico, le Haïti... Le document présenté est une carte postale représentant un de ces navires, dont on distingue correctement le nom "Samara", le visuel occupant quasiment tout l'espace de la carte. Support de diffusion populaire par excellence, la carte postale fut un formidable outil d'information et de communication durant la Grande Guerre. Elle constitua également un véritable outil de propagande, mettant en avant des thèmes comme la patrie, la valeur et le courage de l'armée française ou encore les faiblesses ou "barbaries" de l'ennemi. Commentaire historique C'est en Martinique que tous les soldats antillais et guyanais ainsi que quelques originaires de Saint-Thomas se rassemblaient et suivaient une préparation militaire, avant d'embarquer sur les différents navires pour rejoindre les champs de bataille européens. Après la traversée transatlantique qui durait environ 12 jours, les soldats arrivaient dans les grands ports français (Bordeaux, Saint-Nazaire..) avant d'être affectés dans les dépôts d'infanterie coloniale du sud de la France, afin de parfaire leur instruction militaire. Les soldats martiniquais mobilisés ont entre 18 et 45 ans. Sont exclus les étrangers, les originaires de l'Inde dénommés "Hindous" dans les registres officiels et les repris de justice. Deux grandes catégories de soldats se distinguent. Les engagés volontaires qui devançant l'appel de leur classe se portent candidats pour combattre et les conscrits appartenant aux classes d'âge mobilisées (classes 1889 à 1916). Le navire "Samara" quitta la Martinique le 24 juin 1915. Il transportait à son bord, environ 1700 soldats dont 1000 martiniquais et 700 guadeloupéens prêts à défendre la "Mère Patrie" et à payer à l'égal de tous les autres Français "l'impôt du sang". Selon un article du journal La Paix du 26 juin, ce fut le plus important départ de recrues martiniquaises. Pour que l'embarquement de ce contingent se fasse sans désordre, l'autorité militaire avait tenu à les diviser par fraction de 100. La foule, assemblée sur la Savane de Fort-de-France, attendit durant une heure les convois se dirigeant par intervalles de dix minutes. Octobre 2014 http://portail.cg972.mnesys.fr/?id=226 http://portail.cg972.mnesys.fr -- Octobre 2014 Entretien mené par François Cartigny, le 2 mars 2006. - La déportation et la première évasion Archives départementales de la Martinique, 9AV3_4-6 (Durée 03 :16 minutes). - L'engagement dans la résistance Archives départementales de la Martinique, 9AV3_4-8 (Durée : 02 :31 minutes). - La condamnation à mort Archives départementales de la Martinique, 9AV3_4-10 (Durée : 01 :16 minutes). Contexte et présentation des documents Dans le cadre de la mission de collecte de la mémoire orale menée par les Archives départementales de la Martinique, François Cartigny, président du Comité pour un Mémorial martiniquais de la Résistance, de la déportation et de l'internement, conduit un entretien avec Georges Martinis. De passage en Martinique en mars 2006, Georges Martinis nous livre ses souvenirs de la Seconde Guerre mondiale. Il est alors le dernier Martiniquais survivant des camps de concentration allemands. Trois extraits de son entretien illustrent le parcours d'un jeune homme engagé dans l'armée lors de la déclaration de guerre de 1939, qui sera déporté. 1/ La déportation et la première évasion Après l'obtention de son baccalauréat au Lycée Schoelcher en 1938, Georges Martinis part s'inscrire à la faculté de médecine de Marseille. Dès septembre 1939, il incorpore les corps francs. Le 13 mai 1940, il prend part avec son groupement anti-chars aux combats qui se déroulent dans les Ardennes et son action lui vaut l'obtention de la Croix de guerre avec étoile d'argent. Le 17 juin, à Somme-Suippe (Marne), il est blessé et fait prisonnier de Guerre. Il est soigné puis dirigé sur le camp de prisonniers de Sagan. A la faveur d'un Kommando de travail pour chemins de fer, il parvient à s'évader le 23 décembre 1940. 2/ L'engagement dans la résistance Rattrapé, Georges Martinis se retrouve au camp de concentration de Sandbostel, où sévissait le typhus. Contaminé, il est rapatrié à Paris comme prisonnier de guerre libéré. Pendant sa convalescence, il travaille à la Maison du prisonnier et c'est à ce moment qu'il est approché par le réseau "Arc en ciel", un mouvement de Résistance dirigé par le capitaine Louis Martin. Au début de l'année 1943, il est arrêté par la Gestapo. 3/ La condamnation à mort Après son arrestation, Georges Martinis est incarcéré à Fresnes. Le 2 février 1944, il passe en jugement et est condamné à mort pour " port d'arme prohibée et intelligence avec l'ennemi ". Commentaire et intérêt historique Georges Martinis rappelle que les Martiniquais partis pendant la Seconde Guerre mondiale n'ont pas échappé à l'horreur des camps. Il témoigne également des agissements de la Gestapo qui torture tant physiquement que moralement les prisonniers. Le Ministère des Anciens Combattants estime que 115 500 personnes sont mortes en déportation et parmi ces derniers il y avait des Martiniquais. Sur la liste (non close) établie par François Cartigny sur laquelle figure le nom de 14 martiniquais déportés, Résistants et politiques morts pour la France, 8 d'entre eux sont " morts en déportation ". Cinq autres Martiniquais déportés résistants ou politiques ont été libérés des camps mais seuls Henri Facelina et Georges Martinis ont pu s'évader. Septembre 2014 http://portail.cg972.mnesys.fr/?id=224 http://portail.cg972.mnesys.fr -- Septembre 2014 - Saint-Pierre, Martinique. Entrée de l'ancien Jardin botanique. Archives départementales de la Martinique, 2Fi 769. - Jardin botanique de Saint-Pierre, 1898, cliché Fabre. Archives départementales de la Martinique, 9Fi 296. - Lac du Jardin botanique de Saint-Pierre, 1898, cliché Fabre. Archives départementales de la Martinique, 9Fi 297. - Nouveau Jardin des plantes à Saint-Pierre de la Martinique. Archives départementales de la Martinique, 15Fi 2. - Cascade du Jardin botanique de Saint-Pierre à la Martinique, dessin A. de Bar. Archives départementales de la Martinique, 15Fi 11. - Palmeraie du Jardin botanique de Saint-Pierre, 1892. Archives départementales de la Martinique, 21 Fi 1/125. - Allée du Jardin botanique de Saint-Pierre, 1892. Archives départementales de la Martinique, 21 Fi 1/126. - Cascade du Jardin botanique de Saint-Pierre, [1900], cliché Cunge. Archives départementales de la Martinique, 21 Fi 2/15. Reproduction soumise à autorisation. Construit en 1803 sur l'ancienne propriété des religieuses Ursulines, entre la route du Morne-Rouge et le Morne Parnasse, le Jardin des Plantes de Saint-Pierre a pendant près d'un siècle, fait partie intégrante du cadre de vie des Martiniquais. Ce vaste domaine naturel, façonné par la main de l'homme est devenu au fil du temps un site patrimonial à part entière, véritable conservatoire des richesses végétales originaires des quatre coins du monde. La création du Jardin des Plantes intervient au lendemain de la paix d'Amiens qui signe le retour de la Martinique dans le giron de la France en 1802. En érigeant un tel " monument " destiné à l'embellissement de la colonie, le préfet colonial Bertin et l'amiral Villaret-Joyeuse souhaitent manifester la reconnaissance des colons de la Martinique à la France. Conçu à la fois comme un jardin d'essai, d'acclimatation et un lieu de promenade où se développe et s'expose la riche production des îles, la " crise du sucre " de 1838 associée à l'émancipation des esclaves dix ans plus tard porte un coup sévère à la prospérité du jardin. Après la restauration entreprise par son charismatique directeur Charles Bellanger en 1853, le jardin retrouve son rayonnement d'antan. En 1856, on répertorie 1850 espèces. C'est en 1886 que le jardin acquière sa dimension définitive, s'étendant alors sur six hectares. Dans cet espace apprivoisé, s'harmonisent des bassins, un château d'eau, des canaux pour l'irrigation, un vivier, des lacs et des îlots artificiels. Des allées ombragées invitent à la promenade, et parmi elles, la célèbre allée des duels bordée de gigantesques palmiers où les pierrotins impétueux viennent y régler leurs litiges. La renommée du jardin attire des visiteurs illustres parmi lesquels le prince Alfred d'Angleterre qui s'émerveille lors d'une escale en Martinique en 1861. Si l'éruption de la montagne Pelée le 8 mai 1902, sonne le glas de ce bel édifice, l'oeuvre accomplie pendant près d'un siècle se poursuit au sein des nouveaux jardins d'essai installés à Fort-de-France : celui de Tivoli dès 1902, pour relancer l'agriculture auprès des réfugiés de Saint-Pierre, et celui de Desclieux en 1918 où la multiplication des espèces végétales et l'expérimentation de nouvelles méthodes de cultures se poursuivent. Il faut attendre 1940 pour voir se créer en Martinique, au jardin d'essai de Tivoli, un enseignement agricole pérenne. Août 2014 http://portail.cg972.mnesys.fr/?id=220 http://portail.cg972.mnesys.fr -- Août 2014 Cartes de combattants de la Martinique à la guerre 1914-1918 (1931,1934). Archives départementales de la Martinique, fonds de l'Office national des anciens combattants, 1665W4. Reproduction soumise à autorisation. Présentation du document Ces deux cartes sont issues des dossiers constitués par le Comité colonial des anciens combattants de la Martinique pour l'attribution de la retraite et des avantages conférés par leur statut. Lors du renouvellement de leur carte, les anciens combattants devaient restituer leurs anciennes cartes. Ces dossiers sont conservés dans le fonds de l'Office national des anciens combattants. On y trouve des informations sur les combattants, état civil et lieu de résidence, mises à jour à chaque renouvellement de carte. Hormis, ces dossiers, dans ce fonds, se trouvent également des informations sur les aides attribuées et sur les cérémonies organisées en leur honneur. Intérêt historique Ces cartes montrent que, tout comme les citoyens français de métropole, les Martiniquais ont eux aussi participé, au péril de leur vie, à la défense de la Mère patrie, et bénéficient de la reconnaissance de la France. La participation des Martiniquais à l'effort de guerre a été décisive dans le renforcement du sentiment d'appartenance à la nation française. Grâce aux photos d'identité, nous pouvons mettre un visage sur le nom des soldats martiniquais. Ces documents ont ainsi un caractère exceptionnel. Commentaire historique Au lendemain de la Grande Guerre, les associations d'anciens combattants soutenues par de nombreux parlementaires oeuvrent pour faire reconnaître par la Nation un statut particulier aux anciens combattants. Dès le 31 mars 1919 est institué le droit à réparation avec création dans chaque département d'un office pour les anciens combattants et les victimes de guerres. En Martinique, l'association des anciens combattants est créée dès 1919. La loi du 19 décembre 1926 crée une carte du combattant au profit des soldats de la guerre 1914-1918 et des guerres antérieures. Les soldats martiniquais Marie Joseph Louis Domergue et Venance Arnol ont ainsi obtenu comme environ 4 600 000 anciens combattants français, leur carte de combattant. Le lieutenant Marie Joseph Louis Domergue, blessé par un éclat d'obus à Florina (Grèce) a été décoré de la Croix de guerre avec palme. Le spiritain Venance Claude Arnol a lui été blessé par un éclat d'obus aux Dardanelles. C'est sur le front d'Orient (Grèce, Turquie) qu'une grande partie des troupes coloniales, parmi lesquelles des soldats martiniquais, ont combattu. Ces deux combattants font partie des 8 788 martiniquais partis se battre pour la France. Parmi eux, près de 1750 Martiniquais ne reviendront jamais. Le dernier poilu martiniquais, Valentin Lindor, est décédé en 2003 à l'âge de 104 ans. Sources complémentaires A consulter aux Archives départementales de la Martinique, le statut de l'Association des anciens combattants de la guerre 1914-1918 de la Martinique (BRO 8°165) et une affiche concernant cette association (44J Fonds Gilles Jeanne). Juillet 2014 http://portail.cg972.mnesys.fr/?id=219 http://portail.cg972.mnesys.fr -- Juillet 2014 Etat signalétique d'André ALIKER. Archives départementales de la Martinique, 1R 92 (état signalétique n°1116). Reproduction soumise à autorisation. Présentation et contexte historique André ALIKER est une des grandes figures de l'histoire de la Martinique. Mort assassiné en 1934 (son corps ligoté est retrouvé le 12 janvier, sur la plage de Fond Bourlet à Case-Pilote), il est aujourd'hui encore, pour beaucoup de Martiniquais, la figure emblématique de la lutte pour la liberté de la presse et de l'engagement sans concession contre la corruption. Moins nombreux sont ceux qui connaissent son parcours exceptionnel pendant la Première guerre mondiale. Sa fiche signalétique nous apporte sur ce point des informations très précieuses : "Exempté en 1914 et ajourné par le Conseil de révision de la Martinique le 17 mai 1915. Incorporé à la Compagnie de Martinique comme engagé volontaire le 17 août 1915. Embarqué pour la France sur le " Micegarie " le 21 août 1915 (...). Rapatrié sur le paquebot " Puerto-Rico " le 13 juillet 1919. Placé en position de congé illimité à compter du 14 septembre 1919 ... ". " Modèle parfait de dévouement et de courage. Toujours volontaire pour les missions les plus périlleuses au cours desquelles il entraîne ses hommes par son allant et au mépris du danger. A participé à trois coups de main les 29 juin, 4 juillet et 9 août 1918 en Lorraine et à trois reconnaissances les 18, 19, 20 octobre 1918 en avant de Chéry-lès-Pouilly. Croix de guerre ... " Commentaire historique La détermination et le courage d'André Aliker, soulignés dans son état signalétique, sont aussi ceux de milliers de jeunes Martiniquais incorporés ou engagés volontaires pour être envoyés sur les différents fronts pendant la Première guerre mondiale. Intérêt Ce document met en lumière la trajectoire d'un jeune martiniquais, André Aliker, porté dès son jeune âge par des valeurs fortes (courage, détermination, don de soi, sens de l'intérêt général, sens du sacrifice ...). Il permet aussi de mieux comprendre les ressorts de son engagement dans le combat qu'il a mené plus tard, en tant que gérant du journal Justice, contre Eugène Aubéry dans la Martinique des années trente. Il attire également l'attention sur une source archivistique insuffisamment exploitée. En effet, les registres matricules militaires peuvent nourrir des recherches historiques très intéressantes sur les profils de soldats, leurs parcours militaires, les conditions de retour à la vie civile .... Autant de pages de l'histoire martiniquaise qui restent encore à écrire ou approfondir. Orientation bibliographique Armand, Nicolas. Le combat d'André Aliker, Fort-de-France, 1974. Suppl. Action n°19/dir.de publ. René Menil. Dumont Jacques. L'amère patrie. - Paris : Fayard, 2010. 1 vol. (351p.). Mauvois Georges E. Château Aubéry. - Millau : K éditions, 2008. 1 vol. (150p.). Juin 2014 http://portail.cg972.mnesys.fr/?id=215 http://portail.cg972.mnesys.fr -- Juin 2014 Archives départementales de la Martinique, 1R99. Reproduction soumise à autorisation. Présentation et contexte historique Cet extrait du registre 1R99, présente l'état signalétique et des services du soldat Faustin Clodomir Promax, né le 27 avril 1896 au Vauclin. Engagé volontaire pour 3 ans, en février 1915. Le 27 avril 1915, il embarque pour la France sur le paquebot Pérou. Il sert au sein de différents régiments pendant la Grande guerre, en assurant notamment des foncions d'intendance et de logistique. Il sera rapatrié le 23 mai 1919 et placé en congé illimité. Réengagé pour 5 ans en 1920, il servira notamment en Afrique et en Syrie. Il obtient plusieurs décorations, dont la médaille interalliée dite de la Victoire et la médaille militaire. Fait relativement rare, cet état signalétique présente l'intérêt d'être muni d'une photographie. Organisés par classe d'hommes âgés de 20 ans, les premiers registres matricules sont ouverts en 1889 en Martinique, avec la loi du 15 juillet 1889 qui instaure le service militaire obligatoire dans les colonies, aux mêmes conditions que dans la métropole. Mais cette loi rencontre des difficultés d'application, de même que celle 21 mars 1905, qui crée un véritable service universel obligatoire et égal pour tous, avec suppression du tirage au sort. Dans le contexte de tension internationale qui prélude à l'éclatement de la Première guerre mondiale, une nouvelle loi du 7 août 1913, applique le recrutement systématique des contingents coloniaux. Cette décision fait suite aux voeux de la population, exprimés par leurs représentants au Parlement, de payer " l'impôt du sang " comme les citoyens métropolitains. Les conscrits rejoignent la Métropole pour effectuer leur service militaire. Puis, le décret du 23 novembre 1913 rend applicable aux colonies tous les textes relatifs à l'organisation militaire et promulgués en France, depuis 1905. Commentaire historique Les effets de la déclaration de guerre d'août 1914 ne se font sentir pour les conscrits qu'à partir de 1915 : l'appel sous les drapeaux est généralisé et tous les hommes valides des classes 1890 à 1917 sont convoqués. Très peu entraînés militairement, ils subissent un entraînement intensif. Puis les départs s'accélèrent. À leur arrivée en France, les soldats sont répartis dans les dépôts d'Infanterie coloniale. Les Martiniquais prendront part à toutes les batailles, notamment celles de la Marne, de Verdun et surtout des Dardanelles, mais tous ne vont pas au front, comme Faustin Promax. D'après les travaux historiques de S. Andrivon-Milton, près de 10 000 hommes seraient partis au front et environ 2 000 y seraient morts ou portés disparus. Intérêt Les états signalétiques et des services ou fiches matricules contiennent des données très précises sur les inscrits : état civil, filiation, description physique, adresse, niveau d'instruction, état de santé, parcours militaire (affectations, grades, unités, participation aux campagnes, blessures, mesures disciplinaires et condamnations judiciaires, décorations). Principale source pour la reconstitution de carrières militaires, les états signalétiques sont aussi fort utiles pour la généalogie familiale, la démographie historique. Les données médicales qui y figurent peuvent aussi aider à la compréhension de maladies présentes dans les familles. Mai 2014 http://portail.cg972.mnesys.fr/?id=207 http://portail.cg972.mnesys.fr -- Mai 2014 - France-Martinique : organe républicain, mercredi 11 et 18 mai 1921. Archives départementales de la Martinique, 1N 10123/A. - Arrêté du gouverneur Gourbeil annulant une délibération du Conseil général, 20 mai 1921. Archives départementales de la Martinique, 1N 10123/A. Reproduction soumise à autorisation. Contexte et présentation des documents Ces deux documents extraits du fonds du gouvernement colonial font état d'un conflit entre le gouverneur et le Conseil général. Le gouverneur Maurice Gourbeil arrive dans la colonie le 13 juillet 1920. Il doit dès lors faire face à des difficultés d'ordre économique, administratif et social. La prospérité d'après guerre est contrariée par les mesures drastiques de l'arrêté ministériel du 19 octobre 1919 pris à l'encontre des sucres et rhums coloniaux. L'administration fonctionne au ralenti et la population, toutes classes sociales confondues, se plaint de la cherté de la vie. Des missions d'inspections révèlent des malversations au sein des services administratifs notamment dans le service des Contributions. Le gouverneur Gourbeil prend un certain nombre de mesures pour relancer l'économie moribonde et remettre de l'ordre dans l'administration gangrénée par la corruption et la concussion. Il a fait voter au Conseil général un important budget pour l'année 1921 alimenté par de nouvelles impositions (taxe sur la fabrication du sucre et du tafia, taxe sur le capital des successions et droits de succession,...) pour redémarrer les grands chantiers entrepris par le gouverneur Paul Marchand (mai 1919-1920). La restructuration des services fait également partie de son programme. Ainsi, il recrute en France un nouveau chef du service des Contributions, M. Marquès, qui réclame le paiement de leurs impôts aux distillateurs et usiniers majoritaires au Conseil général. De même, il refuse de titulariser le chef des travaux publics par intérim, le martiniquais Paul Nardal, Ces mesures autoritaires ouvrent les hostilités entre les élus locaux et le représentant du pouvoir central. Le 13 mai 1921, lors d'une réunion officieuse, les conseillers généraux dénoncent à l'unanimité les atteintes du gouverneur aux prérogatives de l'Assemblée locale et à la dignité des représentants du peuple. Par une motion de protestation, ils demandent aux parlementaires, MM. Lemery et Clerc d'intervenir auprès du ministre des colonies pour son rappel immédiat.. C'est sur un ton plus caustique que l'éditorial du journal conservateur France-Martinique, titré " Mauvais ménage ", évoque les éléments déclencheurs de ce différend et annonce déjà la mutation prochaine du gouverneur. Le gouverneur réagit vivement à la publication de la motion en prononçant sa nullité par un arrêté et convoque la première session ordinaire du Conseil Général pour le 1er juin 1921. Les conseillers réagissent également et s'abstiennent de se présenter à la session. Cette mésentente institutionnelle doit son apaisement à l'annonce de l'arrivée du Général Mangin, glorieux chef de l'armée française. Gouverneur et conseillers généraux doivent collaborer aux préparatifs de la réception du général prévue le 20 juin 1921. En septembre, nommé agent général des Banques coloniales, le gouverneur Gourbeil quitte la Martinique. Commentaire et intérêt historique Cette passe d'armes entre gouverneur et Conseil général a pour déclencheur un problème majeur de l'entre-deux-guerres, celui de la taxation des rhums et sucres, qui menace la prospérité des classes dominantes. La crise révèle aussi une classe politique locale aux alliances internes complexes mais unie sur un point : défendre la " charte coloniale " instaurée par le sénatus-consulte du 4 juillet 1866 qui donnait une grande autonomie budgétaire aux conseils généraux des Antilles. A l'inverse, le ministère des colonies, en grevant le budget local de nouvelles dépenses obligatoires (lois de finances de 1900 et 1918), réduit ces libertés locales. Dans ce jeu, le gouverneur, à la fois proconsul et fusible du ministère des Colonies, est à la merci de l'influence des parlementaires coloniaux, qui peuvent aisément demander son rappel. Ces documents donnent une vue de l'intérieur des enjeux et du fonctionnement institutionnel de la colonie dans l'entre-deux-guerres. Avril 2014 http://portail.cg972.mnesys.fr/?id=197 http://portail.cg972.mnesys.fr -- Avril 2014 Georges Poulet. Proclamation aux habitants de la Martinique. In La France coloniale, n° 1084, 4 août 1914. Archives départementales de la Martinique, PER132/1914. Reproduction soumise à autorisation. Contexte et présentation des documents Le 3 août 1914, l'Allemagne déclare la guerre à la France. Dès le lendemain, dans une proclamation publiée au Journal officiel de la Martinique et retranscrite dans le journal La France coloniale, le gouverneur Georges Poulet annonce à la population de la colonie l'entrée en guerre de la France. Le ton est solennel, le gouverneur insiste sur la grandeur de la France et fait appel aux sentiments patriotiques et à l'esprit de sacrifice des habitants de la Martinique. De son côté, Victor Sévère, maire de Fort-de-France, ravive la ferveur patriotique de ses concitoyens dans une déclaration adressée aux habitants de Fort-de-France. Il demande à la population de se préparer à des temps difficiles et peut-être même à une attaque de la ville ! La France Coloniale, bi-hebdomadaire qu'il dirige fait, par ailleurs, état dans ses colonnes de l'enthousiasme des réservistes et des recrues qui accourent de toute l'île vers le bureau de recrutement situé à Fort-de-France. Commentaire historique Bien que citoyens français, les natifs de Martinique, Guadeloupe, Guyane et Réunion, ne furent assujettis à la conscription qu'à partir de 1889. Il faut cependant attendre la loi du 7 août 1913, modifiant les lois de conscription de 1889 et 1905, peu ou pas appliqués dans les " vieilles colonies ", pour que l'obligation militaire des contingents coloniaux entre dans les faits. Cette décision répond véritablement à une revendication ancienne d'une partie de la classe politique, celle des hommes de couleur républicains : payer " l'impôt du sang ". Les Martiniquais à l'égal des citoyens métropolitains doivent faire le service militaire et se préparer à défendre la mère-patrie. Les radicaux-socialistes martiniquais, comme Victor Sévère, adhèrent aux idées de la République fondées sur la liberté et la laïcité. Ils souhaitent dans le cadre de la République une plus grande assimilation de la colonie à la Métropole tout en gardant certaines prérogatives. Les radicaux veulent, quant à eux, " subir toutes les charges imparties aux citoyens de la Métropole ", et " avoir tous les droits " de ces citoyens. Le vote de la loi du 7 août 1913 (dite " loi de trois ans ") doit entraîner le recensement puis l'envoi en métropole de jeunes conscrits martiniquais de la classe 1913. L'administration centrale relayée par l'administration coloniale semble être dans une situation d'urgence. En effet, dans le contexte de tensions internationales, la préparation d'un maximum de " jeunes gens " (coloniaux et non coloniaux) à la guerre, pour faire face au potentiel important de combattants allemands, s'avère indispensable. Cependant, cet essai de recrutement de créoles a échoué car l'administration militaire ne souhaite pas réellement l'utilisation de soldats coloniaux. Les élus martiniquais, voyant là un préjugé contre les noirs, ont demandé que les quelques conscrits partis soient au moins traités en fonction de leurs spécificités (par exemple en les transférant dans le midi de la France ou en Algérie où le climat est plus proche de celui qu'ils connaissent). Intérêt historique Ce document témoigne du sentiment patriotique qui anime une partie de la classe politique martiniquaise au moment de l'entrée en guerre de la France, occasion de réaffirmer son indéfectible attachement à la Mère-patrie et à la République, cela quel qu'en soit le prix à payer. Décembre 2013 http://portail.cg972.mnesys.fr/?id=176 http://portail.cg972.mnesys.fr -- Décembre 2013 Discours d'Aimé Césaire sur le moratoire, 29 mai 1981. Le Progressiste, n° 910 du 29 juillet 1981, p.4. Archives départementales de la Martinique, PER 198/1981. Reproduction soumise à autorisation. Présentation et contexte historique Le 29 mai 1981, Aimé Césaire président du Parti progressiste martiniquais (PPM), prononce un discours solennel dans la cour de la mairie de Fort-de-France dans lequel il décrète un " moratoire " sur la question du statut de la Martinique. Il déclare notamment : " Camarades, vous savez ce qu'est un moratoire ? C'est un arrêt provisoire, c'est une suspension. Je n'ai pas dit suppression, j'ai dit une suspension...Je proclame ce soir et jusqu'à nouvel ordre, je proclame solennellement un moratoire politique, concernant le problème du statut juridique ". En préambule de son allocution, il revient sur la toute récente élection du président Mitterrand et la campagne de dénigrement et de déstabilisation menée par les partis de la droite locale. Campagne jouant sur la peur des Martiniquais du " largage " de la France en cas de victoire de la gauche ou encore de la perte des acquis sociaux. "On vous avait dit si Mitterrand est élu le 10 mai 81, c'est en fait, c'est l'indépendance...on vous supprimera vos allocations familiales et autres indemnités...". Il convient de rappeler que lors de ces élections présidentielles, la Martinique contrairement à la France, avait très largement voté au second tour (près de 80%) pour le candidat de droite Valéry Giscard d'Estaing et non pour le socialiste François Mitterrand soutenu par le PPM. Commentaire historique La nouvelle configuration politique avec l'avènement de la gauche au pouvoir en France et la prise en compte du vote significatif des Martiniquais pour le candidat de droite ont sans nul doute motivé la décision de Césaire de faire une "pause" sur les questions statutaires. Dans ce discours du 29 mai 1981, il prononce publiquement pour la première fois le mot moratoire. Véritable discours de campagne, Aimé Césaire demande à la population de lui renouveler sa confiance aux prochaines élections législatives de juin, suite à la dissolution de l'Assemblée nationale par le président François Mitterrand le 22 mai 1981. Une fois de plus, Aimé Césaire est entendu du peuple et réélu aux législatives. Le moratoire aura toutefois laissé des traces car certains membres du parti, déçus de ce changement de ligne, ont quitté le PPM. Dans une liesse populaire, Aimé Césaire prononce le 25 juin 1981 un nouveau discours de clarification du moratoire, dans lequel il s'explique largement sur sa décision. "... comment l'autonomie serait-elle populaire si elle n'est pas désirée par le peuple,... comment l'autonomie serait-elle démocratique si dans cette affaire on considère que le peuple n'a rien à dire". Intérêt du document Ce discours apporte un éclairage important sur les circonstances qui ont conduit Aimé Césaire à réviser sa stratégie politique moins d'un an après que le PPM ait réaffirmé son mot d'ordre d'autonomie lors du 8ème congrès en juillet 1980. Ce choix tactique du moratoire est présenté par Aimé Césaire, non pas comme une renonciation à la réforme et à l'autonomie, mais comme un nécessaire changement de priorité afin d'enrayer la dégradation de la situation économique et sociale de la Martinique. Novembre 2013 http://portail.cg972.mnesys.fr/?id=171 http://portail.cg972.mnesys.fr -- Novembre 2013 Congrès international de philosophie à Haïti, participation d'Aimé Césaire : correspondance, revue de presse haïtienne. 1943-1944. Archives départementales de la Martinique, Fonds du Cabinet du gouverneur, 1M 945 Présentation des documents Cet ensemble documentaire composé de correspondances et de coupures de presse haïtiennes fait apparaître le contexte dans lequel Aimé Césaire se rend à Haïti en 1944 afin de participer au Congrès international de philosophie. Ils révèlent la genèse du projet, certains aspects du séjour du jeune professeur et son retentissement à Haïti. Il aide également à comprendre le prolongement de cette rencontre avec Haïti, dans l'oeuvre d'Aimé Césaire. Commentaire En décembre 1943, le professeur Henri Seyrig (attaché culturel de la France libre aux Etats-Unis de 1942 à 1945) adresse, de New-York, une lettre au gouverneur Georges Louis Ponton dans laquelle il relate notamment son passage à Haïti. Il l'informe du souhait du président de la république d'Haïti, Elie Lescot, et de son ministre des affaires étrangères d'inviter Aimé Césaire à participer au Congrès international de philosophie organisé par la Société haïtienne d'études scientifiques présidée par le docteur Lherisson. Il appuie cette demande et recommande Aimé Césaire au gouverneur Ponton qui à son tour répercute cette proposition, dans un télégramme, auprès du Comité de libération nationale à Alger. Ce choix est également soutenu par le poète surréaliste Pierre Mabille, nouveau conseiller culturel du gouvernement de Port-au-Prince. Grâce aux coupures de presse haïtiennes contenues dans le dossier, on mesure mieux l'impact de la participation de Césaire et le retentissement des conférences données dans plusieurs villes du pays (Port-au-Prince, le Cap ...). Intérêt historique L'intérêt historique du contenu de ces documents est multiple. Premièrement, ils rappellent le rayonnement intellectuel d'Haïti. En effet, dans la Caraïbe et les Amériques de l'époque, Haïti occupe sur le plan intellectuel une place importante. Elle organise ce congrès de philosophie après des villes comme Harvard, Oxford, Prague et Paris. Des intellectuels du monde entier et de renommée internationale y participent. Des américains (John Wild, Paul Weiss, W.T. Strace, William Seiriz, Cornélius Krusé ...), des canadiens (les abbés Dione et Parent...), des français (Jacques Hadamard, Lecomte de Noüy, Jacques Maritain, Alfred Métraux...), des haïtiens (Lucien Hibbert, Hector Paultre) et bien sûr le martiniquais Aimé Césaire. Place aussi géostratégique dans la zone placée sous influence américaine pendant la guerre et volonté de la France en reconstruction d'affirmer sa suprématie dans les îles francophones. Césaire est le représentant " idéal et opportun " de la culture française. Deuxièmement, la lettre d'Henri Seyrig témoigne de l'imaginaire et de la bonne conscience profondément colonialistes et racistes d'une certaine intelligentsia française convaincue d'une prétendue " mission civilisatrice " de la France : " Il me paraît important, dans cette réunion où des savants de pays très différents vont être mis en contact avec le monde entier, la France montre par un exemple décisif, ce que notre culture est parvenue à produire de cette race ". Troisièmement, ils rappellent que dès cette époque Aimé Césaire est déjà un intellectuel connu dans le monde. Une partie de l'argumentaire du gouverneur Ponton s'appuie sur cette dimension : " Césaire est un professeur sorti de l'Ecole normale supérieure qui possède un génie poétique certain et qui est déjà très connu dans les milieux de culture française tant aux Etats-Unis que dans les grandes Antilles et l'Amérique du sud ". Quatrièmement, on y découvre la rencontre d'Aimé Césaire avec Haïti. Certes, Suzanne et Aimé Césaire avait déjà côtoyé à Paris des intellectuels haïtiens, mais ce voyage est pour eux, une immersion dans la réalité haïtienne. Du côté haïtien, les coupures de presse témoignent de la chaleur de l'accueil et du vif succès de ses conférences auprès d'un très large public et de celui des séminaires de littératures française, d'ethnologie ou sur la négritude données à l'attention des étudiants des élèves des classes de philosophie, notamment au lycée Pétion. Pour Césaire, ce séjour haïtien est déterminant pour son oeuvre poétique et politique. Haïti est au coeur de plusieurs de ses poèmes, de pièces de théâtre comme " Et les chiens se taisaient ", " La tragédie du roi Christophe " et d'un essai " Toussaint Louverture, la révolution française et le problème colonial ". Bibliographie Aimé Césaire / Romuald Fonkoua. - Saint-Amand-Montrond : Perrin, collection Tempus, 2013. - 1 vol. (355p.). Aimé Césaire, le nègre inconsolé / Roger Toumson, Simone Henry Valmore. - La Roque d'Anthéron : Editions Vents d'ailleurs, 2008. - 1 vol. (386p.). Aimé Césaire, le nègre universel / David Alliot. - Espagne : Infolio éditions, 2008. 1 vol. (255p.). Octobre 2013 http://portail.cg972.mnesys.fr/?id=169 http://portail.cg972.mnesys.fr -- Octobre 2013 Carte postale militante du Parti Progressiste Martiniquais (PPM). Archives départementales de la Martinique, 1311W79. Reproduction soumise à autorisation. Présentation du document Cette carte postale ornée d'un beau portrait d'Aimé Césaire, " souvenir de la fête PPM 1977 ", est adressée le 23 mai 1977 au Préfet de la Martinique Noirot-Cosson, le plus haut représentant de l'Etat à la Martinique. Elle est aujourd'hui conservée dans le fonds du Cabinet du Préfet. Document de propagande, sans doute édité lors des élections municipales de mars 1977, il reproduit un extrait du discours prononcé par Aimé Césaire à la Mairie de Fort-de-France le 18 février 1977 et donne la définition de l'autonomie prônée par le PPM. Commentaire historique En 1977, Aimé Césaire est pour la première fois mis en ballotage aux élections municipales, à la fois du fait du discours plus radical de son parti depuis 1971 qui effraie certains, et des campagnes de plus en plus agressives entre partis de la majorité présidentielle (de droite, soutenus par le Préfet) et l'opposition qui aboutiront à l'affaire Jalta en 1978. Depuis l'échec de François Mitterrand aux présidentielles de 1974, la tension arrive à son comble entre le PPM et les représentants de l'Etat français, en particulier le préfet Noirot-Cosson. En 1974, la visite du Président Valéry Giscard d'Estaing suscite une virulente opposition. La frileuse réforme " décentralisatrice " que préparent pour les DOM le gouvernement et son secrétaire d'Etat, Olivier Stirn, ne peut satisfaire la revendication d'autonomie PPM qui réaffirme ce mot d'ordre à son 7e congrès. Cette revendication est un combat des premières heures du PPM qui doit faire face dans les années 70 d'une part à la droite départementaliste, figée sur le statut des départements d'outre-mer, d'autre part à des mouvements plus radicaux. Au début des années 60, à la suite des émeutes de décembre 1959 et de l'affaire de l'OJAM, s'exprime désormais une opinion nationaliste, militant pour l'indépendance de la Martinique. A la Convention du Morne-rouge, en août 1971, les Partis progressiste et communiste, avec d'autres organisations des quatre départements d'Outre-mer français (Guadeloupe, Guyane et Réunion), proclament la Charte de l'autonomie. Intérêt historique Césaire voyait en l'autonomie un aboutissement logique pour la nation martiniquaise qui après avoir subi l'esclavage deviendrait ainsi actrice et responsable du son destin. Cette carte témoigne donc de la radicalisation du discours du PPM sur l'autonomie (" sans autorité de tutelle, sans parrainage douteux "), même si les bases autogestionnaires étaient affirmées depuis longtemps. Ainsi, le message que veut transmettre le PPM par le biais de cette carte au préfet qui ne cache pas son hostilité aux positions autonomistes, est clair, sans équivoque et un brin provocateur. Ce document concentre à la fois la perception des rapports de pouvoir à la Martinique à la fin des années 70 et l'expression d'une position politique énoncée avec vigueur, mais qui sera actualisée quelques années plus tard, en 1981, avec le moratoire sur l'autonomie. Sources complémentaires Pour en savoir plus sur l'idéologie, les combats du PPM et la lutte pour l'autonomie, le fonds du Cabinet du préfet contient de nombreux documents (rapports des renseignements généraux, tracts, discours, publications...). Le discours sur le moratoire du 25 juin 1981 d'Aimé Césaire conservé aux ADM est sur cette problématique, éloquent. La presse de l'époque et du PPM conservée aux ADM est aussi une précieuse source d'informations sur cette thématique. Septembre 2013 http://portail.cg972.mnesys.fr/?id=167 http://portail.cg972.mnesys.fr -- Septembre 2013 - " Peuple martiniquais ", tract d'Aimé Césaire, Paris, 4 novembre 1956. 1p. Archives départementales de la Martinique, Fonds Louis Adrassé, 36 J 19. - Appel à la population, Fort-de-France 26 novembre 1957. Fort-de-France, imprimerie Bezaudin, 8 p. Archives départementales de la Martinique, BRO 8°111. Reproduction soumise à autorisation. Contexte et présentation des documents Le 24 octobre 1956, Aimé Césaire adresse sa démission du Parti communiste français à Maurice Thorez, secrétaire général du Parti. Des tracts et articles de la Fédération communiste de la Martinique, surprise par cette décision, dénoncent cet acte perçu comme une trahison. C'est la rupture entre Césaire et la Fédération. En réponse à ces attaques, Aimé Césaire adresse de Paris, le 4 novembre 1956, un tract au " Peuple martiniquais ". Diffusé le 7 novembre par un " Comité Aimé Césaire " composé de militants communistes, notamment ceux de la section de Fort-de-France, qui reprochent à la Fédération de l'avoir " condamné " sans avoir entendu ses explications, ce texte annonce un meeting qui se tient à la Maison des sports le 22 novembre 1956 au cours duquel il expose les raisons de sa démission à la population sans présenter de véritable programme. Cette démission n'a pas entaché sa popularité et elle débouche vers de nouvelles alliances politiques. En février 1957, Césaire inflige une sévère défaite au candidat communiste aux élections municipales de Fort-de-France. Un an plus tard, le 26 novembre 1957, Césaire s'adresse à nouveau directement à la population. Cette fois, il appelle à la création d'un nouveau parti de rassemblement pour répondre aux enjeux et problèmes majeurs de la Martinique, d'ordre économique, social et politique. Commentaire historique Alors que la lettre à Maurice Thorez constitue une rupture idéologique de portée nationale et internationale, ces deux textes annoncent un agenda politique propre à la Martinique et la recomposition du paysage politique local : Césaire y décline sa rupture avec un communisme encore entaché de stalinisme et peu enclin à prendre en compte les aspirations des pays en voie de décolonisation. Dans le premier tract, Césaire réaffirme ses convictions anticapitalistes et anticolonialistes tout en invitant à élaborer un projet politique propre aux Martiniquais. Sans la citer, il remet en cause la manière dont est mise en oeuvre l'assimilation qu'il a défendue et obtenue en 1946 aux côtés des communistes français. Après plusieurs mois de réflexion et de tractations, c'est bien la création d'un nouveau parti politique qui est annoncée dans l'Appel à la population, et l'abandon des " mots d'ordre mécaniques ". Césaire y exprime une des bases de sa pensée politique, qui lie intimement le changement des institutions politiques avec la revendication culturelle et identitaire, " pour enrayer par une politique hardie de décentralisation et de déconcentration des pouvoirs, le processus de dépersonnalisation dans lequel est entré notre pays ". Cette nouvelle voie proposée reprend pourtant certains mots d'ordre et programme retenus par la Fédération communiste locale dès août 1955 et exprimés dans la profession de foi signée par Césaire, Bissol et Lamon pour les élections législatives du 2 janvier 1956. Mais, s'éloignant de la doctrine marxiste, Césaire veut élargir la base de son mouvement à la petite bourgeoisie, ce qui ne déplaît pas aux partis de droite et aux autorités qui y voient un moyen d'affaiblir l'emprise communiste sur la vie politique et sociale. En effet, dès 1957, les élections amorcent le recul rapide du parti communiste sur la scène politique locale. Intérêt historique Entre la rupture avec le PCF et les émeutes de décembre 1959, ces deux documents éclairent une période charnière de l'action politique d'Aimé Césaire et augure des changements dans le paysage politique martiniquais. On voit émerger sa vision de l'autonomie pour la Martinique dont l'instrument sera un nouveau parti politique, le Parti progressiste martiniquais (P.P.M) qu'il fonde en 1958. Il y affirme nettement la nécessité d'orientations politiques spécifiques et le besoin d'une maîtrise par les Martiniquais des leviers du développement économique, social et culturel. En hommage funèbre, le Dr Pierre Aliker, l'un de ses plus fidèles compagnons, dans son discours rappellera cette posture en réaffirmant " Les spécialistes des questions martiniquaises, ce sont les Martiniquais (...) ".