15 - Martinique – Tahiti : l’atelier des tropiques

« j’irai m’enfuir dans les bois, sur une île de l’Océanie, vivre là d’extase, de calme et d’art »

L’atelier des tropiques
C’est grâce à Van Gogh que l’idée d’un atelier des Tropiques, sorte de phalanstère d’artistes, se précise dans l’esprit de Gauguin, courant 1888. Pensant d’abord retourner en Martinique, il écrit alors à Emile Bernard : « l’avenir est aux peintres des tropiques qui n’ont pas encore été peints et il faut du nouveau comme motifs pour le public stupide acheteur ».
La visite de l’exposition universelle de 1889, le souvenir de la Martinique le déterminent à partir. Après avoir hésité entre Tonkin et Madagascar, « sinécures coloniales », il tente sans succès d’entraîner Van Gogh puis Bernard. Il finit par partir seul pour l’Océanie créer son atelier dans « une case du pays (…) en bois et en terre, couverte de chaume, à proximité de la ville mais à la campagne ».
Le parallèle entre l’expérience martiniquaise (goût de l’aventure non dénué d’impérialisme et désir d’un retour à un mode de vie rustique, voire primitif) est frappant. Finalement, à Tahiti, comme en Martinique avant, Gauguin recherche un paradis colonial à exploiter.

Tahiti
Gauguin arrive à Tahiti en juin 1891, en ayant pris soin de se faire charger de mission par le ministère des Colonies pour peindre cette nouvelle Cythère. Déçu par la décadence introduite par la civilisation occidentale à Papeete, il s’installe dans le Sud de l’île et s’initie à la langue et à la culture maories. Son recueil Noa-Noa, qu’il publie après son retour à Paris en 1893, témoigne de cet intérêt.
Son second voyage (1895-1903) est marqué par des difficultés de tous ordres : de santé (il est atteint de syphilis), d’argent (qui l’amènent à passer un contrat quasi-léonin avec le marchand d’art Ambroise Vollard), et démêlés avec l’administration et le clergé qui dénoncent les mœurs de Gauguin, en même temps que ses positions indigénistes. Si la peinture prend des couleurs somptueuses, elle est empreinte de mélancolie.

Les Marquises
Toujours à la recherche du plus primitif, Gauguin s’installe en 1901 à Hiva Oa, île principale de ce petit archipel appartenant à la France depuis 1842. Il écrit à son ami Daniel de Monfreid : « Mes toiles de Bretagne sont devenues de l’eau de rose à cause de Tahiti ; Tahiti deviendra de l’eau de Cologne à cause des Marquises ». Il y reprend son combat indigéniste. Miné par la maladie, il meurt le 8 mai 1903.
Comme écrivant sa propre épitaphe, il s’est ainsi défini, juste avant sa mort : « Je suis un sauvage, et les civilisés le pressentent, car dans mon œuvre, il n’y a rien qui puisse dérouter, si ce n’est ce « malgré moi de sauvage », c’est pourquoi c’est inimitable ».