14 - L’exposition de 1889 et la réception des œuvres de Gauguin

« un mélange inquiétant et savoureux de splendeur barbare, de liturgie catholique, de rêverie hindoue, d’imagerie gothique, de symbolisme obscur et subtil » (Octave Mirbeau, 1891)

La fortune de l’œuvre martiniquais à Paris
Théo Van Gogh, frère de Vincent, est séduit par les grandes peintures rapportées de Martinique. Il achète la grande toile La cueillette dite aussi Aux mangots, tandis que Vincent échange avec Gauguin une petite scène martiniquaise.
Si Gauguin est déçu par la mévente de ses tableaux, la critique commence à regarder favorablement son œuvre : d’abord Félix Fénéon, en 1888, puis Octave Mirbeau qui évoque ainsi l’œuvre martiniquais : «  il rapporte une suite d’éblouissantes et sévères toiles où il a conquis, enfin, toute sa personnalité, et qui marquent un progrès énorme, un acheminement rapide vers l’art espéré (…). Et le dessin s’est assoupli, amplifié ; il ne dit plus que les choses essentielles, la pensée. Le rêve le conduit, dans la majesté des contours, à la synthèse spirituelle, à l’expression éloquente et profonde. Désormais, M. Gauguin est maître de lui. ».

Les œuvres inspirées par la Martinique de retour en France
Entre 1888 et 1890 s’opère une maturation des acquis de la Martinique : trois bas-reliefs en bois, une statuette en bois, trois autres en terre cuite ou en cire sont liées au séjour martiniquais. Gauguin peint aussi des éventails reprenant en partie ses sujets de tableaux. Entre peinture, sculpture sur bois, modelage et dessin auxquels il travaille alternativement jusqu’à son départ pour Tahiti, l’iconographie martiniquaise est toujours présente.
L’année 1889 constitue un tournant pour Gauguin : d’une part, il expose, comme un manifeste, son œuvre martiniquais et breton ; de l’autre, il visite, fasciné, les pavillons exotiques de l’Exposition universelle de Paris.

L’exposition universelle de 1889
A l’ombre de la Tour Eiffel construite pour l’occasion, les pavillons du monde entier révèlent modernité et traditions. Ce sont surtout les danses javanaises et les arts de l’Asie du Sud-est qui fascinent Gauguin qui, dès lors, se renseigne sur les possibilités d’émigration.

L’exposition au Café Volpini
Exclus du très officiel Palais des beaux-arts du pavillon français, les artistes d’avant-garde trouvent une vitrine au café des Arts, donné en concession à un M. Volpini. Gauguin, Bernard, Monfreid y présentent leurs œuvres. Au catalogue figurent les récentes peintures de Pont-Aven, ainsi qu’une suite d’œuvres de plus petit format : notamment les zincographies de la « suite Volpini », présentées avec le tableau des Mangots.