13 - Martinique- Pont-Aven Symbolisme et primitivisme

« J’aime la Bretagne : j’y trouve le sauvage, le primitif »

Bretagne, terre primitive
De retour à Paris en novembre 1887, Gauguin a hâte de repartir. C’est vers Pont-Aven, en Bretagne, à nouveau. Le séjour panaméen et martiniquais, s’il a ébranlé sa santé, ne fait qu’attiser sa soif de primitivisme : « Quand mes sabots résonnent sur ce sol de granit, j’entends le ton sourd, mat et puissant que je cherche en peinture » (lettre à Schuffenecker, 20 février 1888).
Il est important de souligner, dans l’œuvre de Gauguin, les liens qui rapprochent la découverte de la Martinique et le deuxième voyage en Bretagne, comme si l’exotisme des Antilles avait éveillé la puissance inspiratrice des gens et des choses vus à Pont-Aven.

Chef de file du symbolisme
A Pont-Aven, une petite communauté d’artistes se rallie aux positions esthétiques révolutionnaires de Gauguin : celui-ci devient le chef de file de ce nouveau courant « symboliste ». Stimulé par sa nouvelle et vite orageuse amitié avec Emile Bernard, de vingt ans son cadet, et par ses conversations philosophiques avec Paul Sérusier, Meyer de Haan ou Filiger, Gauguin défend un art spirituel, exprimant la vie intérieure et tendant à l’abstraction.
Désormais, la couleur reprend une force d’expression autonome, tandis que le dessin abandonne la perspective, et souligne les contours : la rupture avec le naturalisme qui avait influencé les débuts de l’impressionnisme est consommée.

Vision de la religion populaire
A Pont-Aven aussi, Gauguin aborde pour la première fois les sujets religieux. La Vision après le sermon, par sa thématique et par son traitement constitue le manifeste de la nouvelle orientation du peintre. Il est avéré que la religiosité quasi-primitive des paysans bretons a trouvé un fort écho dans les idées de Gauguin, hanté par les grandes questions humaines posées par le christianisme. On ne peut cependant s’empêcher de faire le lien avec les formes de piété populaire qui ont frappé tous les voyageurs contemporains de Gauguin en Martinique, « pays des dieux créoles ».
Sa démarche « synthétiste » l’amène à mélanger et juxtaposer références savantes et expressions populaires, savoirs occidentaux et expériences exotiques, christianisme et paganisme.