12 - Gauguin a-t-il rencontré l’Inde en Martinique ?

L’intérêt de Gauguin pour les pays et les arts exotiques ne date pas de son séjour en Martinique. En Martinique cependant, la sensation d’exotisme le guide dans sa recherche du paradis originel. Les Indiens y ont-ils une place ?

La présence indienne en Martinique
A l’époque de Gauguin, la Martinique comprend une importante communauté d’Indiens, immigrants amenés depuis 1853 pour suppléer la main-d’œuvre esclave libérée en 1848.
Gauguin ne mentionne jamais cette communauté allogène de plus de 10 000 membres en 1887, pourtant présente en nombre à Saint-Pierre et au Carbet, et les quelques dessins et tableaux réalisés en Martinique représentent essentiellement des « négresses ». Seule la peinture Au bord de l’étang pourrait représenter une femme de type indien.

L’influence de l’art hindouiste sur Gauguin
En revanche, les œuvres réalisées au retour à Paris portent indéniablement la trace d’une influence de l’art de l’Indonésie et du Cambodge. Les postures des personnages, et la composition, si étrangères à l’art occidental du XIXe siècle ont un impact considérable sur l’art de Gauguin.
Cet intérêt, très net à partir de 1889, date de l’exposition universelle dont Gauguin fréquente assidûment les pavillons exotiques, peut-il être relié à l’expérience martiniquaise ? Si Gauguin reste muet sur ces relations, il est frappant de constater que c’est sur des titres faisant explicitement référence aux Antilles que l’œuvre est la plus évidemment inspirée de l’art de Borobudur ou du Cambodge : simple jeu de mots, véritable correspondance secrète, ou plus prosaïquement, indifférenciation primitiviste (un exotisme peut en cacher un autre) ? Il est clair que ce n’est pas en Martinique que Gauguin a eu la révélation de l’art classique de l’Inde du Sud et de son rayonnement en Asie. Mais il est probable que l’observation des Indiens en Martinique ait pu éveiller son attention pour l’art qui les représentait, de la même façon que l’observation des us et coutumes de Bretons va avec une nouvelle appréciation de l’art médiéval de cette région.