11 - Porteuses et paysannes : une pastorale martiniquaise

« Ce qui me sourit le plus, ce sont les figures et chaque jour, c’est un va-et-vient continuel de négresses accoutrées d’oripeaux de couleur avec des mouvements gracieux variés à l’infini. Actuellement, je me borne à faire croquis sur croquis afin de me pénétrer de leur caractère et ensuite je les ferai poser » (lettre à Schuffenecker, 4 juillet 1887)

La présence féminine, une nouveauté dans son œuvre
La Martinique marque un tournant dans l’œuvre de Gauguin : laissant de côté les paysages de facture impressionniste, l’artiste est séduit par les gestes et postures des paysannes et porteuses qui vont inlassablement de Saint-Pierre au Carbet. L’homme ne cache pas son attirance : « Je te promets qu’ici un blanc a du mal à conserver sa robe intacte car les dames Putiphar ne manquent pas. Presque toutes sont de couleur depuis l’ébène jusqu’au blanc mat de race noire (souligné par l’auteur) et elles vont jusqu’à opérer des charmes sur des fruits qu’elles vous donnent pour vous enlacer » (lettre à Mette, 20 juin 1887).

Les porteuses
« L’artiste observateur qui visite la Martinique sera surtout frappé par le port droit et la démarche rapide et régulière des femmes qui portent des fardeaux. C’est à la vue d’une de ces passantes qu’il devra surtout le ton et la couleur antiques de ses premières impressions » (Lafcadio Hearn, Esquisses martiniquaises). Ce caractère antique, Gauguin le traduit de manière statique, alors qu’Hearn, plus enjoué, s’attache à souligner le mouvement. Les porteuses, debout et puissantes comme des caryatides (par ex. Aux mangots), ou accroupies, annoncent les Tahitiennes, dont la beauté massive fascinera Gauguin.

Femmes accroupies
Femmes au repos, ou lavandières constituent un autre thème récurrent (Conversation, Allées et venues, L’Anse Turin, Aux mangots, les cigales et les fourmis…) : la posture accroupie ou assise, jambes écartées, accompagnée parfois de ces « mouvements gracieux variés à l’infini », renvoie à l’aisance et la liberté du paradis originel.

La couleur locale
Les notations de vêtement, sans être précises, sont très exactes : mouchoir de tête en madras noué, un autre ceignant les reins et faisant blouser l’ample robe.