2ème rendez-vous avec l'histoire du Conseil général

Illustration : Monument à Ernest Deproge, à la date de son inauguration, place Fabien (1925)

Archives départementales de la Martinique, D31/7

Reproduction soumise à autorisation

 

 

Ernest Deproge « porte-voix du Conseil général »

Fort-de-France, 1850 – Sanvic (Seine-Maritime), 1921

 

Ephémère président du Conseil général, Ernest Deproge a néanmoins marqué profondément l’histoire de cette assemblée, par son aura politique et par son soutien, en tant que député, à ses initiatives républicaines.

Petit-fils, par sa mère Louise-Marie-Elizabeth, du célèbre Fabien, condamné aux côtés de Volny et Bissette, pour avoir osé réclamer l’égalité politique des libres de couleur sous la Restauration, Deproge appartient à l’élite sociale des « grands mulâtres » dont Schoelcher attendait qu’elle porte le flambeau de l’émancipation de tous les noirs.

 

Après un cursus au lycée de Rouen, il achève sa licence à l’Ecole de droit d’Aix-en-Provence, lorsque la guerre franco-allemande de 1870 éclate. Deproge s’engage, mais la défaite française met rapidement un terme à sa carrière, lui laissant un fort sentiment patriotique.

Il rentre alors à Fort-de-France, où il s’établit comme avocat et entre dans la carrière politique.

Il est élu en 1880 au Conseil général, qu’il préside pendant un an.

 

En 1881-1882, deux actes le lancent durablement en politique : il prononce au Lamentin, en septembre 1881, un discours, véritable programme du parti républicain, contre les forces conservatrices des anciens maîtres esclavagistes qui ont dominé le Conseil général et la politique locale sous la Monarchie de Juillet et le Second Empire.

Avocat, il plaide en 1882 pour la défense des accusés du sac de la maison du docteur Lota et emporte triomphalement l’acquittement.

La même année, il est élu député et part siéger à l’Assemblée nationale aux côtés des radicaux, où il défend la politique en faveur de l’assimilation républicaine des colonies jusqu’à la fin de son dernier mandat, en 1898.

Avec Marius Hurard, il est à l’origine des mesures votées par le Conseil général pour mettre fin à l’immigration indienne, pour empêcher la mainmise du Crédit foncier colonial sur la propriété et promouvoir la petite propriété à la Martinique.

Il s’opposera, à la Chambre, à l’application du tarif général des douanes, mesure qui, tout en mettant fin à la capacité de moduler les taxes douanières entre la métropole et ses colonies, et donc de défendre la production locale contre la concurrence, porte atteinte au plus important pouvoir du Conseil général en matière économique.

Simultanément, Deproge plaide en faveur d’une assimilation intégrale, celle qui fera de tous les Antillais des citoyens à part entière, notamment par l’application de la loi sur le recrutement militaire (1889).

En matière coloniale, il soutient l’annexion de Madagascar, en ce qu’elle doit mettre fin à l’esclavage encore en vigueur dans l’océan Indien dans les années 1890.

 

Battu aux élections législatives de 1898, il se retire de la vie politique, prend les fonctions de directeur de la Banque de la Réunion. Les dernières années de sa vie sont marquées par la maladie, hémiplégie et perte de la vue. Il s’éteint en 1921 en Seine-Maritime.

 

Deproge est une illustration du paradoxe des élites antillaises de la IIIe République : tout à la fois promoteur de l’action coloniale française et fervent défenseur de valeurs d’émancipation et d’égalité qui, à terme, minent la colonisation mais pour le moment servent à justifier l’expansionnisme français. On comprend dès lors sa rupture avec Marius Hurard dont on peut faire une double lecture :

- Fidélité à la ligne assimilationniste, alors que Hurard s’allie avec les békés pour réclamer plus d’autonomie vis-à-vis de la métropole ;

- Probité extrême et attachement aux valeurs de la République radicale, face à l’opportunisme de Hurard.

 

Sa mémoire est portée, entre-deux-guerres, par un comité d’initiative comprenant plusieurs conseillers généraux et conseillers municipaux, dont Louis Percin, Octave Desportes et de grands fonctionnaires martiniquais tels Paul Nardal, Ernest Braban, ou encore Jules Monnerot. C’est ainsi que son buste est inauguré en 1925, sur la place Fabien et que la rue du bord de mer, où se trouve sa maison familiale, est dénommée rue Ernest Deproge.

 

Bibliographie

Inauguration du monument élevé sur la place Fabien, à Fort-de-France, en mémoire d’Ernest Deproge, ancien député de la Martinique (12 juillet 1925), Fort-de-France, Imprimerie Deslandes, 1925, 32p.,  ADM Bib B 317

 

Documents en lien

-> Acte de naissance n°607, Fort-de-France, 1850, du 28 août 1850, ANOM, voir vue n°150 en bas de page de gauche.

-> Portrait d'Ernest Deproge, extrait de Histoire de la Martinique : à l'usage des cours supérieur et complémentaire des écoles primaires (p. 153), bibliothèque MANIOC.

-> Photographies de la rue E. Deproge à Fort-de-France