8 - Arts et lettres à la Martinique au temps de Gauguin

« Les indigènes offrent le pittoresque le plus infini que nous puissions désirer. Il y a à observer et produire dans une voie absolument inexploitée pour plusieurs existences d’artistes » (lettre de Laval à Puigaudeau, juin 1887)

Tout proche de la capitale culturelle qu’était Saint-Pierre, Gauguin s’est informé des ressources pour les artistes : « le lycée de Saint-Pierre a un professeur de dessin payé 400F par mois pour le matin seulement, mais il est étranger. Il y a-t’il des gens qui ont de la veine… ».
Il s’agit de Pedro Lovera, peintre vénézuélien, qui succède à Victor Fulconis au lycée et au pensionnat colonial, fin 1887. Il y reste jusqu’en décembre 1888 et reçoit des commandes de portraits de la bourgeoisie pierrotine et foyalaise.

Victor Fulconis
Le sculpteur et peintre Fulconis, qui venait de quitter la Martinique à l’arrivée de Gauguin, a laissé une série de croquis au crayon et à l’aquarelle représentant principalement les ouvrières, servantes et blanchisseuses, qu’il observait à proximité de la rivière du Fort. Après un premier séjour de 1883 à 1887, il revient avec sa famille en Martinique de 1890 à 1894, réalisant, lui, le projet que Gauguin expose à sa femme, avant leur rupture définitive.

Les prédécesseurs créoles
La Martinique a porté quelques artistes dont les œuvres nous sont connues dans la deuxième moitié du XIXe siècle : ainsi Jean-Michel Cazabon, né en 1813 à Trinidad de parents martiniquais et établi à Saint-Pierre de 1862 à 1870 ; Evremond de Bérard, qui grava pour la presse des scènes et événements principaux du Second Empire. Ces artistes restent dans la convention artistique de leur époque.

Hearn - Gauguin
Mais le parallèle le plus intéressant à souligner avec Gauguin est l’œuvre littéraire de l’américain Lafcadio Hearn, qui séjourne en Martinique en même temps que le peintre. Comme Gauguin, Hearn est un admirateur de Loti, sur lequel il a écrit. Il fréquente la famille Depaz qui possède une habitation au Morne d’Orange, à proximité d’un site où Gauguin a peint. Sans doute en raison de son état de santé, Gauguin s’en tient essentiellement à ses perceptions immédiates, visuelles et auditives, tandis qu’Hearn est plus ethnographique, cherchant à compiler ses observations avec des lectures et des informations qui lui sont rapportées dans ses Esquisses martiniquaises.