7 - Politique et culture en Martinique en 1887

« Il y a des collèges à la Martinique et les blancs sont choyés comme un merle blanc » (lettre à Mette, 20 juin 1887).

En 1881, les enterrements civils, la laïcisation de l’école primaire, l’ouverture du Lycée, les élections législatives, la première célébration du 14 juillet, débouchent sur le saccage de la maison Lota à Saint-Pierre. En 1887, l’absence d’élections générales, la division des républicains entre hurardistes et deprogistes, le départ du gouverneur Allègre, le décès de Mgr Carméné qui semble proche, celui de son premier vicaire général l’abbé Gosse, remplacé par l’abbé Cudennec, espoir des modernistes, favorisent l’apaisement.

Culture officielle et culture populaire
Presse, théâtre, concerts, sociétés de secours mutuel au rôle social, politique et culturel fleurissent. Le côté anticlérical du carnaval fait oublier la critique générale de la société. En 1887, les candidats au certificat d’études doivent citer « les principales îles de l’archipel des Antilles ». Culture officielle et culture populaire font bon ménage. Courses de canots, « danses du pays », jeux et retraites aux flambeaux, que l’on veut substituer aux processions, marquent les festivités laïques du 14 juillet et de la fête de Schoelcher. L’esclavage est un leitmotiv. En 1885, Allègre fait du nouveau marché de Fort-de-France « un monument élevé au progrès sur le lieu même où l’on dressait autrefois le poteau ou la potence (…) afin de stigmatiser injustement les héros du droit et de la liberté ».

L’école et la promotion sociale
Une culture fondée sur des valeurs chrétiennes entraînant l’exclusion des illégitimes des établissement secondaires, avait rendu urgente l’ouverture du lycée et du pensionnat colonial. En 1887, une concurrence courtoise, à base de publication de résultats scolaires, a remplacé les polémiques. Mais, seul un enfant sur trois est scolarisé. Où trouver l’argent pour développer l’enseignement primaire alors que la crise sucrière réduit les revenus du Conseil général ? L’assimilation au statut des départements faisant espérer des transferts budgétaires, le nanti commence à accepter d’échanger sa chère autonomie contre une société plus égalitaire.