6 - La Martinique au temps de Gauguin : économie et société

Une courte trêve dans une décennie de crise
En 1887, les 173.000 habitants de la Martinique connaissent un moment de pause dans la crise économique, les épidémies, les catastrophes naturelles, les tensions politiques, religieuses et sociales. L’épidémie de variole et la faillite de la Compagnie du canal de Panama de 1888, l’incendie de 1890 à Fort-de-France, le terrible ouragan de 1891, les échanges de malédictions entre catholiques de 1893 à 1900, la sécheresse de 1895, la faillite de la maison Ariès en 1898, qui entraîne celle de plusieurs usines et habitations, la grève de 1900, la catastrophe de 1902 ne peuvent être prévus.

Un pays essentiellement rural
L’agriculture occupe neuf personnes sur dix. Le café est en voie de disparition. 19 usines centrales fonctionnent. Les deux dernières sont en construction. Un salarié sur deux vit de la culture et de la transformation de la canne à sucre. Un travailleur sur six est un immigré : Indien, Africain, et même Chinois. Dans le sucre ils sont un sur trois. Leurs enfants nés à la Martinique restent des étrangers.
En 1884, 49.000 tonnes de sucre ont rapporté 17 millions au lieu des 23 de 1883. En 1886, 30.000 tonnes n’en rapportent que 10. La diminution du prix de la canne étant cause de faillites, la production est concentrée sur les meilleures terres. Augmentation de la tâche, réduction des salaires et du nombre de jours de travail : le travailleur agricole survit grâce à son jardin. En 1887, les effets conjugués de la loi sur les sucres de 1886 et de rendements exceptionnels rapportent 12 millions pour 40.000 tonnes. On se prend à rêver.

Travail et migration
De 1,50 F à 2 F, le salaire, variable d’une habitation à l’autre et selon la saison, est tombé à 1 F et même 0,75 F. Les tensions sociales, qui conduisent aux premières grèves en 1885, sont apaisées par l’arrêt de l’immigration et le mirage de 7,20 F de Panama qui, à cette date, avait déjà attiré environ 800 Martiniquais.