5 - L’arrivée en Martinique : le paradis retrouvé ?

« Au pays des dieux créoles : un paradis à côté de l’isthme »

Gauguin entraîne Laval vers un nouveau mirage, la Martinique, « ce pays merveilleux où il y a à faire pour un artiste » et où la vie est bon marché et les gens affables. Le 10 juin 1887, l’Amérique est à Fort-de-France, le 11 à Saint-Pierre. Le rêve se concrétise au Carbet, à l’anse Turin, où les artistes trouvent une « case à nègres ». La maladie l’interrompt.

Entre le Carbet…
De sa case, d’abord enthousiasmé, Gauguin dessine « la mer avec une plage de sable pour prendre son bain et de chaque côté des cocotiers et autres arbres fruitiers admirables pour le paysagiste ». Il semble ignorer le bourg, décrit par Garaud, quatre ans plus tard comme « composé d’un groupe de maisons rangées paresseusement autour d’une place (…) Le reste du village (…) fort étendu, se trouve caché et comme enfoui derrière les cocotiers » et ne s’intéresse qu’à la proximité immédiate du sentier de Saint-Pierre au Carbet, évoqué par Garaud :« Un sentier unit les deux villes, serpentant le long de la côte, à travers la verdure, se perdant sous les roches puis reparaissant sur la plage. Il est fort animé dès le matin, cet étroit sentier, suivi par les négresses du Carbet qui se hâtent à grands pas vers Saint-Pierre pour vendre de bonne heure le lait de coco dont les créoles sont extrêmement friands. Du bateau on les voit courir, pieds nus, leur robe relevée jusqu’à mi-jambe, portant sur leur tête des baquets en bois, appelés ici des traits, et remplis de noix de coco encore enveloppées de leur coque verte. »

…et Saint-Pierre
Ne cherchez pas Saint-Pierre, ni Fort-de-France dans l’œuvre de Gauguin, il ne veut voir que les sauvages, du moins les ruraux et leur environnement. Pourtant il a fréquenté Saint-Pierre, et sa grand-rue, la rue Victor Hugo, où il va chercher son courrier chez Victor Dominique. Contrairement à Lafcadio Hearn, qui séjourne en Martinique en même temps que le peintre, Gauguin, qui fuit les mondanités ne voit ni le théâtre, ni la baignoire en marbre de l’Hôtel des bains, ni le petit peuple de la ville qui s’affaire. Le carnaval est terminé, et les dames sont i accueillantes à l’anse Turin qu’il préfère ignorer la salle de Mimi Rondeau et la maison de Dada Bourette.