Les mauvais traitements aux soldats créoles.

Interventions de Lagrosillière. Journal Le Bloc, n°446, 27 novembre 1915.

Archives départementales de la Martinique, PER107/1914-1915.

Reproduction soumise à autorisation.

 

Contexte et présentation du document

Dès le début de la guerre, plusieurs parlementaires des Antilles-Guyane dont le député martiniquais Joseph Lagrosillière sont intervenus à maintes reprises pour dénoncer des mauvais traitements de toutes sortes dont se plaignaient les soldats créoles.

On retrouve ainsi dans la presse martiniquaise de nombreux témoignages de poilus faisant état de discriminations à leur égard de la part des autorités militaires. Le journal Le Bloc du 27 novembre 1915, publie les interventions du député Lagrosillière concernant les mauvais traitements sur ces poilus.

 

 

Commentaire historique

Malgré la censure qui pèse sur le courrier et l'interdiction pour les bataillons créoles de correspondre avec leurs députés, bon nombre de lettres de soldats martiniquais désespérés purent parvenir à Lagrosillière.

Déjà confrontés à la dureté des combats et aux rigueurs du climat, les poilus créoles dénonçaient des brutalités, sévices, critiques et injures de la part de certains gradés européens. Ces faits parfois graves pouvaient conduire à des réactions extrêmes allant jusqu'au suicide : «le lendemain matin, on le trouve pendu au râtelier d’armes d’une chambre vide».

Les députés antillais multipliaient donc les actions pour stopper ces discriminations et réclamaient des sanctions à l'encontre des responsables. Visite sur place dans les casernements, notes et lettres de soldats adressées aux ministres de la Guerre et des Colonies. La presse locale avec les journaux tels que Le BlocL'Union sociale ou encore La Démocratie coloniale relayait et condamnait également ces faits dans ses colonnes.

Derrière tous ces mauvais traitements, les préjugés et les clichés raciaux étaient bien présents.

Le soldat noir était perçu par certains gradés comme un soldat de moindre valeur et n'était pas traité sur le même pied d’égalité et de bienveillance que le soldat européen. Ainsi selon un extrait d'un rapport du commandement supérieur des troupes des Antilles il est indiqué "Le soldat créole est très peu consciencieux, réclameur, paresseux, (…) il est très difficile de lui inculquer les

habitudes militaires d'ordre et d'exactitude à cause de son indolence naturelle (…)".

 

Intérêt historique

Ce document témoigne de la grande souffrance de certains soldats créoles, victimes de propos et attitudes racistes. Ces poilus qui entonnaient dès le début de la guerre l'hymne créole : "que sombre ou claire soit la peau, pour tous il n'est qu'un seul drapeau (…)" étaient sans doute loin d'imaginer pareil attitude à leur égard.