9 - Au St-Esprit, ses actions dans la commune

AUTRES TEMPS AUTRES MŒURS

 

Vers les années 30-40, en notre île, la campagne électorale battait son plein et la misère aussi. Le candidat des riches distribuait promesses, poignées de mains et tapes amicales sur l’épaule, à tous ces pauvres nègres des champs de cannes, faméliques, haillonneux, pieds-nus, mains calleuses, bras striés par les coupures cruelles des feuilles inexorables.

 

Les hommes d’église qui prêchaient la résignation étaient chargés d’apaiser les rancœurs, et leurs œuvres de charité étaient approvisionnées pour convaincre les pauvres diables, qu’il fallait voter pour les riches à qui ils vendaient leurs forces de travail pour entretenir les cannaies.

 

En ce dimanche d’élection, plus d’un s’empressaient d’aller à la distribution gratuite du boire et du manger à profusion menés par les racoleurs qui les entraînaient vers ces buvettes où on leur remettait le « bon bulletin ».

 

Mais on ne saurait corrompre le vieux Perdaf le plus miséreux d’entre eux. Quand l’agent électoral lui chuchota l’invitation à l’oreille, il se rebiffa fièrement et cria d’une voix forte, en son français créole : « Moi Perdaf ? Je préfère manger la morue trenen dan sanne plitôt que de manger du paon chez l’évêque. ». Et son exemple fut aussitôt suivi par un groupe de travailleurs comme lui, aussi démunis.

 

Au fil des ans le slogan « Mwen ni lajan, baya sou mwen » était tombé en désuétude. Les martiniquais ne se laissaient plus prendre au charme des belles doudous richement parées de satin broché, la tête ornée de papillotes de gros billets qui avaient mission de les charmer en excitant leurs sens et leur cupidité pour monnayer leur bulletin de vote.

Ils se vantaient d’être libres « men pa ka poté pla mwen ba pèson », « Y opa ka achté mwen ! » clamaient-ils. « Mwen ? mwen pa ka venn kô mwen » et le slogan de la victoire clamait : « Nou pran yo san lajan ».

 

Les temps ont changé, et revient l’habitude de tendre la main pas toujours parce qu’on a faim, mais par besoin de consommer, par débrouillardise.

 

Alors qu’être « un vendu » était une suprême injure qui se lavait en duel ou au laghia ; on est souvent écœuré d’entendre des Antillais se vanter de savoir bien « se vendre » ou « vendre la Martinique » bien un produit commercial une marchandise.

 

On voit des groupes au moment de la campagne électorale qui s’inquiètent de savoir non point quels sujets seront exposés, ni quels orateurs ou quels projets de développement seront débattus ? mais « ki côté nou kay bwè et pi mangé pou ayen o swè a ? ».

Des adultes racolent les jeunes à prix de bouteilles de bière, sandwiches, etc… pour organiser l’obstruction, la claque, la violence gratuite, pour casser les conférences, acheter les électeurs.

 

Les campagnes électorales se font à l’américaine, la corruption a pris de nouvelles formes et proportion et se développent avidité et gourmandise, goinfrerie violente.

 

Alors qu’autrefois veillées, réunions étaient occasions de partage, chacun apportant généreusement sa part « sans regarder ». Aujourd’hui elles tendent à être l’occasion de « Bwè san en tel » de consommer à satiété et même faire provision pour ceux qui sont restés à la maison.

Et tant pis s’il n’y a pas pour les autres participants.

Le commerce y gagne, la santé y perd, la dignité s’effondre.

 

Pour s’assurer une présence nombreuse à l’occasion de manifestations intellectuelles, il est devenu de bon ton d’aguicher par l’annonce d’un buffet gratuit. Si bien qu’au lieu de se concentrer sur l’exposé de l’orateur, les yeux fureteurs se tournent obstinément vers le cliquetis des verres.

Le discours las, les intervenants importunent, le ventre impose « l’heure du cocktail marquée d’ailleurs par l’arrivée des retardataires » alléchés par le bwè manjé.

En notre temps ce ne sont pas toujours les plus pauvres qui mendient ; la course aux biens gratuits est ouverte, aller s’étonner que ceux qui n’ont pas le courage de résister à la tentation tendent la main pour un soda !

Bienheureux s’ils ne chapardent pas ou n’agressent pas ! Autres temps, autres mœurs.

 

Solange FITTE-DUVAL (1995)

 

Les œuvres créées :

 

  • Les colonies de vacances,
  •  
  • les associations sportives,
  •  
  • l’UFOLEP
  •  
  • La bibliothèque,
  •  
  • Le cinéma scolaire et le ciné-club,
  •  
  • Les veillées culturelles,
  •  
  • Le théâtre,
  •  
  • Le chant choral
  •  
  • Les jeux floraux,
  •  
  • Les foyers ruraux et amis de la nature,
  •  
  • La mutuelle, accidents, élèves
  •  
  • Les conseils de parents d’élèves,
  •  
  • Sans oublier cette magnifique Œuvre Andragogique des cours d’adultes, aujourd’hui Université Populaire.

 

Longue citation peut-être, mais expliquant à suffire les champs variés, où si Solange ne le dit pas, on eut à la rencontrer ou ici, au cœur même de l’animation, ou là en conseiller ou administrateur averti et écouté…

 

C’est ici même, en ces lieux  à la fois familiers et agréables qu’il y a plus de trente ans je présidais une soirée organisée par l’Association « La Culture» qu’elle conduisait avec talent et efficacité. (…)

 

J’ai en mémoire le souvenir de cette dynamique monitrice de colonie de vacances, vite passée à la direction, puis devenue membre de la première délégation départementale des CEMEA après son stage en France. (…)

 

« Solange FITTE-DUVAL : An fanm Akoma »

Texte de M. Hector SAE