7 - Union des Femmes de la Martinique

Juillet 1943, le peuple martiniquais semble voir le bout du tunnel après quatre années d’exactions et d’arbitraires, tout ceci perpétré par le régime vichyste de l’amiral Robert, sur fonds de pénurie alimentaire. Rien ne change pourtant fondamentalement avec le retour de la République. La vie reste difficile. Pourtant ces années de guerre et d’occupation fasciste en Europe, en France, mais également dans les colonies françaises ont permis à certaines femmes de faire face à des responsabilités nouvelles. Un an plus tard, les Françaises obtiennent le droit de vote si longtemps revendiqué. Sauront-elles s’en servir ? Cette question se pose également pour les Martiniquais habituées, en politique, au silence ou à ce que leur action en faveur d’un candidat soit dictée par leur compagnon, leur mari, leur patron ou leur curé.

            Dans ce contexte, une jeune lamentinoise, Jeanne Léro, militante communiste, entreprend avec l’appui et l’aide d’Yvette Guitteaud Mauvois de créer et d’organiser un mouvement de femmes. Cette action part également d’un constat de misère physique et morale de la femme martiniquaise. Beaucoup d’entre elles sont analphabètes et se retrouvent enfermées très jeunes dans un cycle de maternités successives. De plus, aucune structure sociale ne pouvant les aider dans les soins à donner aux enfants, le taux de mortalité infantile était très élevé.

            C’est cependant de la rencontre de cinq femmes : Mmes Désirée HUYGHUES BEAUFOND-des-ETAGES, Clovis PELAGE, Rosette EUGENE, Yvette MAUVOIS, et Mlle Jeanne LERO, dans un salon de la rue Ernest Renan que tout va commencer.

            Le premier objectif était de faire les femmes utiliser le droit de vote qu’elles venaient d’acquérir et le deuxième d’organiser les femmes qui devaient se donner les moyens d’élever leurs enfants, sans malnutrition ni analphabétisme.

            La première assemblée générale du Comité de l’Union des Femmes de la Martinique est datée du 2 juin 1944. Cependant, « Justice » par la voix de Jeanne Léro, annonce dès le 31 juin 1944, la création de l’association.

            Jeanne Léro sera la première présidente.

 

En 1946, le Comité devient une fédération de l’Union des Femmes Françaises (U.F.F.) affiliée de facto à la Fédération Démocratique Internationale des Femmes (F.D.I.F.). Les adhérents ont droit à une carte et à un insigne pour une cotisation annuelle de cinq francs. Le programme de l’Union, se calquant sur celui de l’U.F.F., était à la fois social, familial et pacifiste. D’où un certain nombre de revendications : il fallait pouvoir bénéficier des conquêtes sociales métropolitaines (Sécurité sociale, allocations familiales), prendre à bras le corps le problème des enfants (malnutrition, hygiène désastreuse) ainsi que celui de l’école (ouverture de classes, gratuité des écoles maternelles).

            Les militantes martiniquaises de la première heure telles Jeanne Léro et Yvette Guitteaud Mauvois décident, pour se faire connaître, d’aller à la rencontre des femmes en faisant du porte à porte. Les idées de la toute nouvelle association se diffusent dans la population grâce aux conférences de jeanne Léro, mais surtout grâce à leur participation, aux côtés des organisations ouvrières et des syndicats, aux luttes pour la Sécurité Sociale. Les militantes de U.F.F. Martinique ont d’ailleurs également été les pionnières en matière de pétition (afin d’appuyer leurs différentes revendications sur les marchés de Fort-de-France et des communes).

            Les femmes se regroupent donc en comités dans les communes et les quartiers. Le premier comité mis en place est celui de Trénelle et d’autres virent rapidement le jour aux Terres Sainvilles, à l’Ermitage et à sainte-Thérèse. L’année d’après, des comités se créèrent dans les communes communistes du Morne-Rouge, du Saint-Esprit, du Marigot et du Lamentin.

            Dès les débuts de l’organisation, la lutte s’est très vite engagée, sur le terrain, notamment contre la malnutrition. Lutte dans laquelle Yvette Mauvois s’engage de manière active. Dans les années 1945/1946, avec l’accord et l’aide de la municipalité de Fort-de-France, alors dirigée par intérim par Georges Gratiant (élu communiste) premier adjoint d’aimé Césaire, absent à cette période de l’île, l’U.F.F. décide d’organiser une consultation de nourrissons.

            Yvette Mauvois fait alors le tour des médecins afin d’en trouver qui accepteraient de consacrer un peu de leur temps libre à la consultation de nourrissons. Plusieurs médecins se relaient donc dont le Dr Matillon, le Dr Pierre-François et le Dr Camille Petit qui a été le médecin principal de cette consultation.

            A la même époque, le Dr Camille Petit, a comme projet de créer une structure où l’on apprendrait aux femmes à faire des biberons. Son projet, soutenu par le Conseil Général et monté avec l’aide d’autres confrères regroupés en association aura pour nom : « La goutte de lait »… Le Dr avait même inventé une farine locale, la cérébanine, destinée, semble-t-il, à remplacer le toloman.

            Cependant, il s’avère que la structure se retrouve dans l’incapacité de fonctionner, les fonds engagés ne permettant pas de payer le personnel requis. Le médecin souhaite alors qu’elle soit prise en charge, bénévolement, par les femmes de U.F.F. (fortes de l’expérience réussie de la mise en place de la consultation des nourrissons. Les militantes acceptent l’offre mais, la structure ne fonctionnera jamais. Le kiosque construit à cet effet, sur la Levée, le matériel, pourrirent sur place… Après cet échec, le docteur Petit va vendre sa formule de farine à une entreprise américaine…

            Entre-temps, les militantes assurent la vente d’organes tels que « Femmes Françaises » et « Heures Claires » (organes de l’U.F.F.) ou encore « Femmes du monde entier » (organes de la F.D.I.F.).

En 1946, « Femmes Françaises » n’étant pas vraiment adapté à la réalité martiniquaise « Femmes Martiniquaises », organe de la section locale, voit le jour. Premier journal féminin de la Caraïbe.

 

En 1956, le PC est ébranlé par l’affaire Césaire. A cette date, Césaire quitte le Parti Communiste pour constituer d’ailleurs plus tard le Parti Progressiste Martiniquais (P.P.M.).

Lorsqu’il donne sa démission suivi par les futurs cadres du PPM, dont Mmes Clovis Pélage, Désirée Huygues-Beaufond, Rosette Eugène, membres fondateurs de l’U.F.F. Martinique, elle en subit les conséquences. Cette scission entraînera par exemple la disparition, certes momentanée, du comité de Fort-de-France, le plus dynamique de l’époque.

L’avenir de l’association sera alors des plus incertain jusqu’en décembre 1959, date à laquelle, elle est reprise en main par Rosalie NICOLAS-VILDRIN, Duverlie HONGROIS, Claudine MENIL, avec l’aide des anciennes : Yvette MAUVOIS, Solange FITTE-DUVAL, Nathalie PARUTA, Germaine MARIE-ANGELIQUE.

           

En 1960, Mme Bocaly de Montaigne, couturière de son état, accepte la présidence de l’U.F.F. Martinique ; rôle qu’elle assurera jusqu’en 1970. C’est également l’année où faute de siège, l’association n’a plus trop de contacts avec l’U.F.F… La spécificité des luttes à mener et les contraintes financières de l’affiliation font que l’association, qui aspirait déjà depuis quelques années à son indépendance, se transforme en Union des Femmes de la Martinique (toujours en 1960). Elle reste affiliée à la F.D.I.F. et gardera également des liens amicaux avec l’U.F.F.

            Au Lamentin, dans les années soixante, 17 comités voient le jour, dans les différents quartiers, grâce au travail accompli par des femmes comme Yvette MAUVOIS ou encore Mme ETCHARD, médecin de son état, en ce qui concerne notamment la santé des enfants… Cependant, les années 66/70 sont des années de « vache maigre » pour l’Union et voient une éclipse de l’organisation.

            On ne peut tout de même passer sous silence la création par le comité du Saint-Esprit de la publication du journal « La Spiritaine », organe de l’U.F.F. jusqu’en 1973. C’est d’ailleurs à cette date que la ligne de conduite adoptée en 1960 se confirme par la restructuration de l’U.F.M. L’association prend son autonomie par rapport à l’U.F.F. tout en gardant des contacts amicaux avec elle.

 

A partir de 1973 date du premier Congrès effectif de l’U.F.M., l’organisation, sous la houlette de sa présidente, Solange FITTE-DUVAL (de 1973 à 1993) va se donner les moyens d’une action plus cohérente et plus suivie.

            L’organisme dirigeant de l’association devient alors son Comité Directeur au sein duquel on trouve un bureau. Ce Comité Directeur composé des présidentes, secrétaires, trésorières de tous les comités convoque, dès lors, tous les membres de ses comités actifs, tous les 3 ans, en Congrès. Ce rendez-vous est la plus haute instance de l’U.F.M.

            En effet, y est décidé, débattu et voté (par celles qui ont voix délibérative) les grandes lignes du programme de l’association pour les trois années à venir.

            De 1973 à 1996 (avec un Congrès extraordinaire en 1997), cette instance s’est donc réunie régulièrement. Cependant, les adhérentes se rencontrent, au sein de leur comité, en assemblée générale annuelle mais également lors de conférences. Il s’agit alors de discuter d’un thème précis (en rapport avec les buts que s’est fixé l’U.F.M.) par rapport aux exposés d’un certain nombre d’intervenants invités pour l’occasion.

            S’ouvre par la même occasion une ère plus prolifique d’échanges internationaux. Les membres de l’U.F.M. voyagent en délégations pour répondre aux invitations de différentes organisations féministes de part le monde. Elles se sont, par exemple, rendues, de nombreuses fois, aux Congrès Mondial des Femmes.

 

Les statuts de l’Union, déposés à la Préfecture disent :

 

Art. 1 – Il est créée en Martinique une Organisation essentiellement démocratique dénommée « Union des Femmes de la Martinique » pour :

 

le développement de la personnalité martiniquaise,

la défense des droits de la femme et de l’enfant,

la défense de la paix et du progrès social,

le développement des activités sociales et culturelles

 

Pour être membre de l’Union des Femmes, organisation essentiellement féminine toute personne qui en accepte les statuts, les observe et acquitte régulièrement ses cotisations.

 

Elue en 1997, présidente de l’Union des Femmes de la Martinique, Georges ARNAUD va faire entrer l’association dans l’ère des réalisations :

            L’Union des Femmes a un siège central à Fort-de-France : Espace Jeanne Léro, qui permet aux Femmes d’être reçues et écoutées par des psychologues et des permanentes (emploi jeunes) formées par l’association.

            Ce siège est très fréquenté et son centre d’écoutes surchargé.

            L’Union des Femmes a un site Internet.

            Elle se porte partie civile dans les procès des violences conjugales et harcèlement sexuel.

            Elle crée avec l’aide de l’Etat, le centre d’hébergement des femmes et de leurs enfants victimes de violences sexuelles.

C’est un combat permanent que mène l’association car dirigé par des bénévoles, elle doit sans arrêt chercher des financements pour faire fonctionner sa structure d’accueil si nécessaire et indispensable pour les femmes de la Martinique.