4 - 1870, l’insurrection du Sud

Engagé dès la période esclavagiste par la classe des libres de couleur, le combat pour l’égalité des droits se poursuit une fois les esclaves libérés. En effet, sous le Second Empire, la condition de l’esclave, alors converti en travailleur forcé par des mesures coercitives, n’est guère enviable à celle d’avant 1848.

La révolte connue sous le nom d’Insurrection du Sud, qui toucha les communes de Rivière-Pilote, le Marin et Rivière-Salée, trouve sa source dans ce contexte. Le Second Empire vient de tomber, et à la nouvelle de la proclamation de la République, la population laborieuse, celles des petits propriétaires et des cultivateurs noirs, saisit l’opportunité de manifester sa colère et de réclamer justice.

Le mouvement éclate à la suite d’une condamnation inique, à caractère discriminatoire, contre le mulâtre Lubin, cravaché par un fonctionnaire colonial blanc alors qu’il croisait sa route. Du 21 au 25 septembre, les communes du sud s’embrasent. Codé, propriétaire de la Mauny, partisan d’un retour à l’ordre ancien, cristallise la colère. Il est tué le 24 septembre, après deux jours de fuite. Les meneurs, tels que Telgard, Lacaille, Villard et Bolivard sont connus pour leur activisme politique républicain. Ils sont suivis par une foule de petits propriétaires et d’ouvriers agricoles, parmi lesquels les femmes, telles Lumina Sophie, dite Surprise, sont remarquées. L’état de siège est proclamé par le gouverneur. La répression est terrible : les soldats et des volontaires enrôlés à Saint-Pierre et à Fort-de-France attaquent les positions des insurgés, notamment le camp de la Régale et massacrent des dizaines d’hommes et de femmes.

Afin d’arrêter la débâcle et les représailles, le gouverneur déclare une amnistie partielle le 30 septembre, sauf pour les chefs et les personnes reconnues pour homicide. A l’issue du procès, les condamnations sont extrêmement sévères, conformes au désir des possédants créoles, et à la tendance du gouvernement français, qui simultanément, réprime durement la Commune parisienne : 22 condamnations à mort sont prononcées dont 14 par contumace.

Gouverneur de la Martinique
Exécution de la sentence prononcée par le 1er Conseil de guerre contre cinq accusés de l’insurrection de septembre 1870 : transcription de la lettre du gouverneur au ministre, 25 novembre 1871. - Archives de Martinique, 1R5216

« J’ai l’honneur de vous accuser réception de votre dépêche du 27 octobre dernier, reçue hier, contenant l’ordre d’exécuter 5 condamnés à mort, les nommés :
- Furcis Carbonel
- Louis Gertrude Isidore
- Cyrille Micamor
- Louis Charles Youtte
- Eugène Lacaille

Pour participation à l’insurrection de la Martinique en septembre 1870.

Aussitôt la réception de la dépêche précitée, je prie toutes les mesures nécessaires pour procéder sans retard à l’exécution des sentences prononcées par le premier conseil de guerre permanent de la Colonie les 17 avril et 8 juin 1871 en ce qui concerne les condamnées désignés ci-dessus.
L’exécution a eu lieu ce matin, 25 novembre à 6 heures, c’est-à-dire dans les 24 heures qui ont suivi l’ouverture de la dépêche en présence de la garnison rassemblée dans les armes et d’un assez grand concours de population.
Toutes les formes prescrites par les règlements militaires ont été observées ; 5 pelotons d’exécution faisant feu au même signal frappèrent en même temps tous les condamnés.
Le plus grand calme et l’ordre le plus parfait n’ont cessé de régner à Fort-de-France pendant ce tragique évènement.
Pas une parole ni un geste désapprobateur n’ont été entendu ni vu.
Le commandement d’armes de Saint-Pierre et le commandement du cercle du Marin prévenus en temps opportun ont pu prendre toutes dispositions pour assurer le maintien de l’ordre.
L’aviso le Magicien a été expédié à la Rivière-Pilote, commune des condamnés.
J’ai la ferme conviction qui ni dans le sud de l’île pas plus qu’à Saint-Pierre, le calme le plus complet relativement aux suites de cette affaire ne sera troublé ».