La Martinique entre en guerre !

Georges Poulet. Proclamation aux habitants de la Martinique. In La France coloniale, n° 1084, 4 août 1914.

 

Archives départementales de la Martinique, PER132/1914.

 

Reproduction soumise à autorisation.

 

Contexte et présentation des documents

Le 3 août 1914, l'Allemagne déclare la guerre à la France. Dès le lendemain, dans une proclamation publiée au Journal officiel de la Martinique et retranscrite dans le journal La France coloniale, le gouverneur Georges Poulet annonce à la population de la colonie l'entrée en guerre de la France. Le ton est solennel, le gouverneur insiste sur la grandeur de la France et fait appel aux sentiments patriotiques et à l’esprit de sacrifice des habitants de la Martinique.

 

De son côté, Victor Sévère, maire de Fort-de-France, ravive la ferveur patriotique de ses concitoyens dans une déclaration adressée aux habitants de Fort-de-France. Il demande à la population de se préparer à des temps difficiles et peut-être même à une attaque de la ville ! La France Coloniale, bi-hebdomadaire qu'il dirige fait, par ailleurs, état dans ses colonnes de l'enthousiasme des réservistes et des recrues qui accourent de toute l'île vers le bureau de recrutement situé à Fort-de-France.

 

 

Commentaire historique

Bien que citoyens français, les natifs de Martinique, Guadeloupe, Guyane et Réunion, ne furent assujettis à la conscription qu’à partir de 1889. Il faut cependant attendre la loi du 7 août 1913, modifiant les lois de conscription de 1889 et 1905, peu ou pas appliqués dans les « vieilles colonies », pour que l’obligation militaire des contingents coloniaux entre dans les faits. Cette décision répond véritablement à une revendication ancienne d’une partie de la classe politique, celle des hommes de couleur républicains : payer « l’impôt du sang ». Les Martiniquais à l’égal des citoyens métropolitains doivent faire le service militaire et se préparer à défendre la mère-patrie. Les radicaux-socialistes martiniquais, comme Victor Sévère, adhèrent aux idées de la République fondées sur la liberté et la laïcité. Ils souhaitent dans le cadre de la République une plus grande assimilation de la colonie à la Métropole tout en gardant certaines prérogatives. Les radicaux veulent, quant à eux, « subir toutes les charges imparties aux citoyens de la Métropole », et « avoir tous les droits » de ces citoyens.

 

Le vote de la loi du 7 août 1913 (dite « loi de trois ans ») doit entraîner le recensement puis l’envoi en métropole de jeunes conscrits martiniquais de la classe 1913. L’administration centrale relayée par l’administration coloniale semble être dans une situation d’urgence. En effet, dans le contexte de tensions internationales, la préparation d’un maximum de « jeunes gens » (coloniaux et non coloniaux) à la guerre, pour faire face au potentiel important de combattants allemands, s’avère indispensable. Cependant, cet essai de recrutement de créoles a échoué car l’administration militaire ne souhaite pas réellement l’utilisation de soldats coloniaux. Les élus martiniquais, voyant là un préjugé contre les noirs, ont demandé que les quelques conscrits partis soient au moins traités en fonction de leurs spécificités (par exemple en les transférant dans le midi de la France ou en Algérie où le climat est plus proche de celui qu’ils connaissent).

 

Intérêt historique

Ce document témoigne du sentiment patriotique qui anime une partie de la classe politique martiniquaise au moment de l’entrée en guerre de la France, occasion de réaffirmer son indéfectible attachement à la Mère-patrie et à la République, cela quel qu’en soit le prix à payer.