14 - CONCLUSION

pour me distraire

vais-je prendre en charge encore cette journée ?

pour me distraire à mon ordinaire je bâtis.

quelques chicots – il ne reste plus que cela de dur –

quelques oiseaux au-dessus de la merde

quelques crachats

et c’est une ville harassée de nuages

que mégote goguenard

le museau d’un volcan inattentif

 

- « Journée » (in Moi, laminaire…, 1982)

 

 

 

Moi , laminaire …

 

Les échos des batailles politiques, du travail d’édification

sans fin se font entendre dans le dernier recueil de Césaire,

publié en 1982, mais sur un mode dans lequel le lyrisme

prophétique et l’allure héroïque laissent la place, selon

une tendance déjà sensible dans Ferrements, à l’élégie,

exprimant « les apories de l’histoire, ses ratages et ses hiatus »(20),

où le constat d’impuissance, et la tentation de l’abandon

alternent avec l’appel au sursaut et l’espoir(21).

 

♦ Interviewé à l’occasion de la sortie de Moi, laminaire…,

Césaire ne rappelle-t-il pas que pour lui, poésie et politique,

tout ensemble, le portent vers le surréel et la réalisation

de l’utopie ?(22).

 

 

 

N’y eût-il dans le désert

qu’une seule goutte d’eau qui rêve tout bas,

dans le désert n’y eût-il

qu’une graine volante qui rêve tout haut,

c’est assez,

rouillure des armes, fissure des pierres, vrac des ténèbres

désert, désert j’endure ton défi

blanc à remplir sur la carte voyageuse du pollen.

 

- « Blanc à remplir sur la carte voyageuse du pollen » (in Ferrements, paru dans les Lettres nouvelles, 1959)

 

 

 

 

(20). Mamadou Bâ, « Moi, laminaire… supplément au mode de lecture », in Césaire à l’œuvre, 2009.

(21). Ainsi peut-on mettre en diptyque « Condition-mangrove »et « Nouvelle bonté ».

(22). Interview conservée aux Archives départementales, 11 AV 36/1 (fonds Delépine).