13 - EDUCATION, MEMOIRE ET IDENTITE

LE COMBAT POUR L’EDUCATION ET LA CULTURE

 

Césaire assied son projet politique sur une identité culturelle assumée, qui est aussi son projet poétique dès le Cahier d’un retour au pays natal : l’accès à l’éducation pour tous, condition de la liberté humaine, l’affirmation d’une culture spécifique, et la transmission de la mémoire des peuples issus de l’esclavage en sont les piliers.

 

♦ Son Discours à la jeunesse, devant les jeunes filles du Pensionnat colonial en 1945, est une invitation à l’émancipation par la culture et ses premiers actes de député et de maire se focalisent sur la construction d’écoles primaires. L’assimilation dénoncée en 1935 laisse, dans les années 1950, la place à la lutte contre la « dépersonnalisation » antillaise, terme issu des concepts dominant l’anthropologie culturelle (lecture de Frantz Boas, Ruth Benedict et Margaret Mead dont Césaire a sans doute l’occasion de discuter avec Michel Leiris). Césaire soutient le travail ethnographique d’Anca Bertrand pour mettre au jour la culture rurale des « mornes », et invite Ti-Émile à transmettre aux jeunes générations de Fort-de-France les traditions du bèlè. L’organisation du SERMAC, doté de sites satellites dans les quartiers, à l’instar des Maisons des jeunes et de la culture lancées par Malraux en France, la création du Festival culturel de Fort-de-France en 1971 sont des actes structurants et militants face à une politique culturelle de l’État frileuse quand il s’agit des identités régionales en France. Une tempête, d’après Shakespeare, dans ses versions « américaine » et « antillaise » de 1969 à 1974, exprime cette identité assumée face au pouvoir dominant.

 

 

ESCLAVAGE : MEMOIRE ET HISTOIRE

 

La poésie de Césaire est traversée par la souffrance causée par l’esclavage. Cependant, humaniste et progressiste, Césaire entend plutôt dépasser cette souffrance en mettant en avant les figures qui ont lutté contre cette entreprise de déshumanisation, dont Victor Schœlcher est l’archétype.

 

 

SCHŒLCHER, LE « REBELLE »

 

À travers Schœlcher, c’est le principe universel des droits de l’homme, et du devoir de résistance et d’insurrection face à toute forme d’oppression, que Césaire défend. Si le discours de Césaire évolue, de 1945 (date du premier discours) à 1982 (date de son intervention parlementaire sur la commémoration de l’abolition de l’esclavage), il reste toujours axé sur les mêmes valeurs : le lien indéfectible de la liberté et de l’égalité, le droit à l’insurrection.

 

 

SCHŒLCHER OU L’INSURRECTION SERVILE?

 

« Liberté, égalité, ce n’est pas du ciel que Victor Schœlcher attendait votre triomphe, c’était de l’effort de tous, c’était de la volonté des peuples, c’était du combat du peuple ; c’était de l’action révolutionnaire du peuple » (discours du 21 juillet 1951). En 1945, au sortir du « temps Robert », l’hommage à Schœlcher permet de rappeler le passé esclavagiste et la lutte contre l’esclavage, constitutifs de la personnalité antillaise, tout en soulignant l’actualité de la lutte des communistes contre la permanence de l’ordre colonial. Il n’y a donc aucune antinomie entre les révoltes des esclaves et l’action lumineuse et déterminante de Schœlcher.

 

♦ À partir de 1971, Césaire fait passer au-devant de la scène les esclaves eux-mêmes en tant qu’acteurs de leur libération, à la suite des travaux d’Armand Nicolas sur l’insurrection du 22 mai 1848. À Fort-de-France, la date de la «fête à Schœlcher», le 21 juillet, est remplacée par la fête du 22 mai. La décennie 1970 renforce ce mouvement, pour aboutir à la loi du 30 juin 1983, qui instaure la commémoration de l’abolition de l’esclavage selon des dates propres à chaque département d’outre-mer, et reconnaît officiellement le 22 mai pour la Martinique.