12 - BATIR ET HABITER LE TERRITOIRE

Pour améliorer les conditions de vie des populations dans la précarité, dans un premier temps, Césaire dénonce une politique économique qui donne « tout pour les trusts du rhum ou de la banane, rien pour l’homme martiniquais » (18) puis il se saisit des possibilités d’action à travers le FIDOM (fonds d’investissement pour les départements d’outre-mer), créé en 1952, mais dont la gestion n’est progressivement « décentralisée » qu’à partir de 1958.

 

 

FORT -DE-FRANCE & SES QUARTIERS

 

Sur le terrain, il faut faire face à l’afflux démographique qui déferle sur Fort-de-France du fait de la ruine de l’industrie sucrière et alimente les quartiers de Trénelle, Texaco, Volga. Pour Trénelle, Césaire veillera particulièrement à accompagner l’habitat spontané ainsi créé par des aides matérielles aux « koudmen ».

 

Il voit la ville comme un espace de modernité, au service du progrès humain. Tourne-t-il le dos à la patrimonialisation architecturale, perçue comme un privilège de nantis ? Toujours est-il qu’il rêve à une architecture et un urbanisme qui exprimerait la culture et les aspirations des classes populaires et, dans une certaine mesure, adhère aux projets urbains (cités Floréal, Dillon) qui favorisent le logement social Le bâtisseur, familier des chantiers, et attentif à chaque ouvrier ou technicien, aime raccorder cette activité très matérielle à sa propension à la contemplation de la nature.

 

 

VISION ECONOMIQUE

 

Le projet économique de Césaire pour la Martinique est tributaire de la pensée progressiste de son époque, et de sa volonté d’en finir avec d’une part, le « pacte colonial », c’est-à-dire le régime de quasi-exclusif qui régit la production et le commerce des DOM, d’autre part, le « féodalisme » terrien issu du système de l’Usine. Dans les années 50 et 60 transparaît nettement dans le discours de Césaire une volonté d’industrialisation qui créerait de l’emploi, et surtout affranchirait les travailleurs de la domination des intérêts du capitalisme agricole de la « caste » des blancs créoles (19). La réforme agraire constitue le deuxième thème économique, pour contrer la politique démographique d’émigration promue par le gouvernement comme solution principale à la croissance des années 1960 avec la création du BUMIDOM.

 

 

(18).Intervention à l’Assemblée nationale, 4 juillet 1949.In Aimé Césaire, Écrits politiques, 2013.

(19).À l’Assemblée nationale, le terme de « caste » est récurrent. La référence ethnique est en revanche rarissime, employée pour la première fois en 1961 (18 juillet) dans un débat sur la réforme agraire.