8 - UN « ECLAIREUR POUR LA MASSE DU PEUPLE »

L’action

De toutes les thérapeutiques, celle-là est la meilleure.

Elle a l’avantage de me ramener sur terre.

Une terre dont je n’ai que trop tendance à m’éloigner.

 

-février 1994

 

 

L'engagement politique, loué par Breton et par Leiris au tournant des années 1940-50, fait du « moi » du Cahier (« ma bouche sera la bouche des malheurs... ») un « éclaireur » pour les masses populaires que Leiris compare volontiers à l’Haïtien Jacques Roumain.

 

L’« ASSIMILATION » ET L’ACTION DE TERRAIN

 

Bien que farouchement hostile à l’assimilation culturelle, forme d’aliénation que dénoncera également Frantz Fanon, Césaire répond à l’aspiration ancienne des Antillais en plaidant à l’Assemblée nationale en faveur de la transformation des « vieilles » colonies en départements français (loi du 19 mars 1946). Pour les colonisés, ce « mot fétiche de la politique martiniquaise » d’assimilation signifie égalité en droit et en dignité, et amélioration des conditions de vie.

 

Député, Césaire déploie une activité inlassable pour faire appliquer les lois sociales outre-mer, inscrire des projets d’équipements sanitaires et éducatifs dans le budget de l’État tout en défendant les positions communistes en matière de relations internationales.

 

 

«LA POESIE AU SERVICE DE LA REVOLUTION» ?

 

La fin des années 1940 est aussi celle d’une intense activité créatrice et éditoriale. Les recueils de Césaire parus en 1946- 1950 (Les Armes miraculeuses, Soleil cou coupé, Corps perdu), dans une langue fastueuse, aux métaphores complexes, tentent d’affirmer le projet poétique, qui est certes politique, mais reste peu audible du grand public. Simultanément, les luttes politiques et syndicales de terrain (répression policière meurtrière lors d’une grève au Carbet, affaire des « 16 de Basse-Pointe » en 1948, élections) lui inspirent des poèmes « de circonstance ». Plus marqués par l’esthétique du réalisme soviétique et souvent violents vis-à-vis du premier préfet de la Martinique, ils sont publiés dans Justice ou par l’Imprimerie populaire, comme « Pour un gréviste assassiné » (publié dans Justice, 15 août 1948), ou « 2 octobre » (édité dans Ferrements, dix ans plus tard sous le titre « Hors des jours étrangers »).