6 - CESAIRE EN HAÏTI.

Haïti où la négritude se mit debout pour la première fois

et dit qu’elle croyait à son humanité

 

Cahier d’un retour au pays natal, 1939

 

 

UN AMBASSADEUR CULTUREL FRANÇAIS

 

Sur les propositions croisées de l’attaché culturel Henri Seyrig et du surréaliste Pierre Mabille, Aimé et Suzanne Césaire sont envoyés à Port-au-Prince pour une double mission : enseigner et donner des conférences, afin de rétablir le rayonnement culturel de la France dans un pays marqué par l’occupation des États-Unis (1915-1934), et participer au congrès international de philosophie qui se tient en décembre 1944 à Port-au-Prince et rassemble l’élite intellectuelle américaine et française. Aux côtés de Jacques Maritain, Alfred Métraux, Roger Bastide, Césaire prononce une conférence – « Poésie et connaissance » – qui subjugue l’auditoire par sa ferveur et son érudition.

 

La mission des Césaire est couronnée de succès : devant des milliers de personnes, Césaire donne des conférences littéraires. Les jeunes intellectuels haïtiens découvrent Mallarmé, Lautréamont, le surréalisme et sont transportés par le charisme du poète(8). Suzanne enseigne et rapporte une expérience comparée de la pédagogie américaine.

 

 

UNE DECOUVERTE

 

Haïti revêt une place singulière et fondamentale dans le cœur et la pensée de Césaire car la révolution antiesclavagiste qui a débouché en 1804 sur l’indépendance de la colonie française incarne un idéal, celui des droits de l’homme et du droit à l’insurrection. Césaire y découvre une culture aux racines africaines particulièrement visibles, mais aussi perçoit la dureté d’une société profondément inégalitaire, gouvernée par une bourgeoisie mulâtre suffisante et profiteuse. Cette expérience le marquera durablement, y compris dans son engagement politique.

 

 

(8). Voir le témoignage de René Depestre, « Pierre Mabille : une aventure de la connaissance », Conjonction, n°202, 1997, numéro spécial Pierre Mabille/École normale supérieure/1946, p.9-16.