4 - CAHIER D’UN RETOUR AU PAYS NATAL. UN « MOI » NEGRE ET MARTINIQUAIS

De 1936 à 1939, temps de l’écriture de la première version du Cahier d’un retour au pays natal, c’est à un véritable retour sur lui-même que procède Césaire, qui lui permet d’affirmer son identité nègre et martiniquaise à la face du monde, en inventant une écriture poétique qui éblouira André Breton, et résonnera pour Wifredo Lam comme pour des générations d’Africains et d’Afro-américains comme la révélation d’une voie nouvelle.

 

♦ Dans ce long poème en prose, initialement en 109 strophes, Césaire mêle souvenirs d’enfance, mémoire du peuple dont il se veut à la fois l’héritier et le porte-parole, dénonciation de la misère coloniale, et récit prophétique de sa propre quête.

Le titre renvoie sans doute au séjour de Césaire en Martinique en 1936, après cinq ans d’absence. Césaire a volontiers raconté comment il aurait écrit l’essentiel de son texte lors d’un séjour effectué chez son ami croate Peter Guberina, face à un îlet dénommé Martinska.

 

On sait moins que ce texte a connu des éditions successives, en français, mais aussi en espagnol et en anglais, chaque fois remaniées avant l’édition définitive de 1956 : on peut aujourd’hui parler véritablement d’un palimpseste dans lequel le texte de 1956-60, revu selon l’orientation politique et littéraire que Césaire entend donner à son œuvre, recouvre et parfois masque les préoccupations et les sens que le poète lui donnait en 1939 (6). Les éditions forment plusieurs ramifications de texte :

• celle de l’édition dans la revue Volontés (1939), dont le manuscrit fait désormais partie de la collection de l’Assemblée nationale à Paris. Elle comprend Retorno al pais natal, paru en 1943 à la Havane, avec une traduction en espagnol de l’ethnologue Lydia Cabrera, grande amie de Wifredo Lam

• l’édition bilingue chez Brentano’s, plus segmentée (redécoupage en courtes strophes) et surtout ajout d’un texte provenant de « En guise de manifeste littéraire » publié dans Tropiques en avril 1942, aux orientations nettement surréalistes, avec une traduction d’Yvan Goll, réalisée vers 1942-43, mais publiée en 1947 seulement.

• l’édition française chez Bordas, en 1947, remaniée avec des allusions géopolitiques dans le contexte de l’après-guerre et de l’engagement politique de Césaire, qui sera revue pour une édition par Présence africaine en 1956, puis en 1960.

 

♦ L’exploration surréaliste du début des années 40 (édition Brentano’s, 1947), laisse la place, de l’édition Bordas (1947) à l’édition Présence africaine (1956) à un agencement situant le « je » dans un contexte plus historique et politique.

 

 

(6).Pour plus de détails, se référer à Cheymol, Ollé-Laprune (2009), et surtout l’édition génétique dirigée par A.J. Arnold (éd., 2013) qui établit précisément les variantes du texte primitif.