Le moratoire

Discours d'Aimé Césaire sur le moratoire, 29 mai 1981.

 

Le Progressiste, n° 910 du 29 juillet 1981, p.4.

 

Archives départementales de la Martinique, PER 198/1981.

 

Reproduction soumise à autorisation.

 

Présentation et contexte historique

Le 29 mai 1981, Aimé Césaire président du Parti progressiste martiniquais (PPM), prononce un discours solennel dans la cour de la mairie de Fort-de-France dans lequel il décrète un « moratoire » sur la question du statut de la Martinique. Il déclare notamment : “ Camarades, vous savez ce qu’est un moratoire ? C’est un arrêt provisoire, c’est une suspension. Je n’ai pas dit suppression, j’ai dit une suspension…Je proclame ce soir et jusqu’à nouvel ordre, je proclame solennellement un moratoire politique, concernant le problème du statut juridique ”.

 

En préambule de son allocution, il revient sur la toute récente élection du président Mitterrand et la campagne de dénigrement et de déstabilisation menée par les partis de la droite locale. Campagne jouant sur la peur des Martiniquais du « largage » de la France en cas de victoire de la gauche ou encore de la perte des acquis sociaux. "On vous avait dit si Mitterrand est élu le 10 mai 81, c'est en fait, c'est l'indépendance…on vous supprimera vos allocations familiales et autres indemnités…".

 

Il convient de rappeler que lors de ces élections présidentielles, la Martinique contrairement à la France, avait très largement voté au second tour (près de 80%) pour le candidat de droite Valéry Giscard d’Estaing et non pour le socialiste François Mitterrand soutenu par le PPM.

 

Commentaire historique

La nouvelle configuration politique avec l'avènement de la gauche au pouvoir en France et la prise en compte du vote significatif des Martiniquais pour le candidat de droite ont sans nul doute motivé la décision de Césaire de faire une "pause" sur les questions statutaires.

 

Dans ce discours du 29 mai 1981, il prononce publiquement pour la première fois le mot moratoire. Véritable discours de campagne, Aimé Césaire demande à la population de lui renouveler sa confiance aux prochaines élections législatives de juin, suite à la dissolution de l'Assemblée nationale par le président François Mitterrand le 22 mai 1981.

 

Une fois de plus, Aimé Césaire est entendu du peuple et réélu aux législatives. Le moratoire aura toutefois laissé des traces car certains membres du parti, déçus de ce changement de ligne, ont quitté le PPM.

Dans une liesse populaire, Aimé Césaire prononce le 25 juin 1981 un nouveau discours de clarification du moratoire, dans lequel il s'explique largement sur sa décision. "… comment l’autonomie serait-elle populaire si elle n’est pas désirée par le peuple,… comment l’autonomie serait-elle démocratique si dans cette affaire on considère que le peuple n’a rien à dire".

 

Intérêt du document

Ce discours apporte un éclairage important sur les circonstances qui ont conduit Aimé Césaire à réviser sa stratégie politique moins d’un an après que le PPM ait réaffirmé son mot d’ordre d'autonomie lors du 8ème congrès en juillet 1980.

Ce choix tactique du moratoire est présenté par Aimé Césaire, non pas comme une renonciation à la réforme et à l'autonomie, mais comme un nécessaire changement de priorité afin d'enrayer la dégradation de la situation économique et sociale de la Martinique.