Césaire et Haïti

Congrès international de philosophie à Haïti, participation d’Aimé Césaire : correspondance, revue de presse haïtienne. 1943-1944.

 

Archives départementales de la Martinique, Fonds du Cabinet du gouverneur, 1M 945

 

Présentation des documents

Cet ensemble documentaire composé de correspondances et de coupures de presse haïtiennes fait apparaître le contexte dans lequel Aimé Césaire se rend à Haïti en 1944 afin de participer au Congrès international de philosophie. Ils révèlent la genèse du projet, certains aspects du séjour du jeune professeur et son retentissement à Haïti. Il aide également à comprendre le prolongement de cette rencontre avec Haïti, dans l’œuvre d’Aimé Césaire.

 

Commentaire

En décembre 1943, le professeur Henri Seyrig (attaché culturel de la France libre aux Etats-Unis de 1942 à 1945) adresse, de New-York, une lettre au gouverneur Georges Louis Ponton dans laquelle il relate notamment son passage à Haïti. Il l’informe du souhait du président de la république d’Haïti, Elie Lescot, et de son ministre des affaires étrangères d’inviter Aimé Césaire à participer au Congrès international de philosophie organisé par la Société haïtienne d’études scientifiques présidée par le docteur Lherisson. Il appuie cette demande et recommande Aimé Césaire au gouverneur Ponton qui à son tour répercute cette proposition, dans un télégramme, auprès du Comité de libération nationale à Alger. Ce choix est également soutenu par le poète surréaliste Pierre Mabille, nouveau conseiller culturel du gouvernement de Port-au-Prince. Grâce aux coupures de presse haïtiennes contenues dans le dossier, on mesure mieux l’impact de la participation de Césaire et le retentissement des conférences données dans plusieurs villes du pays (Port-au-Prince, le Cap …).

 

Intérêt historique

L’intérêt historique du contenu de ces documents est multiple.

  • Premièrement, ils rappellent le rayonnement intellectuel d’Haïti. En effet, dans la Caraïbe et les Amériques de l’époque, Haïti occupe sur le plan intellectuel une place importante. Elle organise ce congrès de philosophie après des villes comme Harvard, Oxford, Prague et Paris. Des intellectuels du monde entier et de renommée internationale y participent. Des américains (John Wild, Paul Weiss, W.T. Strace, William Seiriz, Cornélius Krusé …), des canadiens (les abbés Dione et Parent…), des français (Jacques Hadamard, Lecomte de Noüy, Jacques Maritain, Alfred Métraux…), des haïtiens (Lucien Hibbert, Hector Paultre) et bien sûr le martiniquais Aimé Césaire. Place aussi géostratégique dans la zone placée sous influence américaine pendant la guerre et volonté de la France en reconstruction d’affirmer sa suprématie dans les îles francophones. Césaire est le représentant « idéal et opportun » de la culture française.
  • Deuxièmement, la lettre d’Henri Seyrig témoigne de l’imaginaire et de la bonne conscience profondément colonialistes et racistes d’une certaine intelligentsia française convaincue d’une prétendue « mission civilisatrice » de la France : « Il me paraît important, dans cette réunion où des savants de pays très différents vont être mis en contact avec le monde entier, la France montre par un exemple décisif, ce que notre culture est parvenue à produire de cette race ».
  • Troisièmement, ils rappellent que dès cette époque Aimé Césaire est déjà un intellectuel connu dans le monde. Une partie de l’argumentaire du gouverneur Ponton s’appuie sur cette dimension : « Césaire est un professeur sorti de l’Ecole normale supérieure qui possède un génie poétique certain et qui est déjà très connu dans les milieux de culture française tant aux Etats-Unis que dans les grandes Antilles et l’Amérique du sud ».
  • Quatrièmement, on y découvre la rencontre d’Aimé Césaire avec Haïti. Certes, Suzanne et Aimé Césaire avait déjà côtoyé à Paris des intellectuels haïtiens, mais ce voyage est pour eux, une immersion dans la réalité haïtienne. Du côté haïtien, les coupures de presse témoignent de la chaleur de l’accueil et du vif succès de ses conférences auprès d’un très large public et de celui des séminaires de littératures française, d’ethnologie ou sur la négritude données à l’attention des étudiants des élèves des classes de philosophie, notamment au lycée Pétion. Pour Césaire, ce séjour haïtien est déterminant pour son œuvre poétique et politique. Haïti est au cœur de plusieurs de ses poèmes, de pièces de théâtre comme « Et les chiens se taisaient », « La tragédie du roi Christophe » et d’un essai « Toussaint Louverture, la révolution française et le problème colonial ».

 

Bibliographie

Aimé Césaire / Romuald Fonkoua. – Saint-Amand-Montrond : Perrin, collection Tempus, 2013. – 1 vol. (355p.).

Aimé Césaire, le nègre inconsolé / Roger Toumson, Simone Henry Valmore. – La Roque d’Anthéron : Editions Vents d’ailleurs, 2008. – 1 vol. (386p.).

Aimé Césaire, le nègre universel / David Alliot. – Espagne : Infolio éditions, 2008. 1 vol. (255p.).