Le défenseur de l’autonomie

Carte postale militante du Parti Progressiste Martiniquais (PPM).

 

Archives départementales de la Martinique, 1311W79.

 

Reproduction soumise à autorisation.

 

Présentation du document

Cette carte postale ornée d’un beau portrait d’Aimé Césaire, « souvenir de la fête PPM 1977 », est adressée le 23 mai 1977 au Préfet de la Martinique Noirot-Cosson, le plus haut représentant de l’Etat à la Martinique. Elle est aujourd’hui conservée dans le fonds du Cabinet du Préfet. Document de propagande, sans doute édité lors des élections municipales de mars 1977, il reproduit un extrait du discours prononcé par Aimé Césaire à la Mairie de Fort-de-France le 18 février 1977 et donne la définition de l’autonomie prônée par le PPM.

 

Commentaire historique

En 1977, Aimé Césaire est pour la première fois mis en ballotage aux élections municipales, à la fois du fait du discours plus radical de son parti depuis 1971 qui effraie certains, et des campagnes de plus en plus agressives entre partis de la majorité présidentielle (de droite, soutenus par le Préfet) et l’opposition qui aboutiront à l’affaire Jalta en 1978.

Depuis l’échec de François Mitterrand aux présidentielles de 1974, la tension arrive à son comble entre le PPM et les représentants de l’Etat français, en particulier le préfet Noirot-Cosson. En 1974, la visite du Président Valéry Giscard d’Estaing suscite une virulente opposition. La frileuse réforme « décentralisatrice » que préparent pour les DOM le gouvernement et son secrétaire d’Etat, Olivier Stirn, ne peut satisfaire la revendication d’autonomie PPM qui réaffirme ce mot d’ordre à son 7e congrès.

Cette revendication est un combat des premières heures du PPM qui doit faire face dans les années 70 d’une part à la droite départementaliste, figée sur le statut des départements d’outre-mer, d’autre part à des mouvements plus radicaux. Au début des années 60, à la suite des émeutes de décembre 1959 et de l’affaire de l’OJAM, s’exprime désormais une opinion nationaliste, militant pour l’indépendance de la Martinique. A la Convention du Morne-rouge, en août 1971, les Partis progressiste et communiste, avec d’autres organisations des quatre départements d’Outre-mer français (Guadeloupe, Guyane et Réunion), proclament la Charte de l’autonomie.

 

Intérêt historique

Césaire voyait en l’autonomie un aboutissement logique pour la nation martiniquaise qui après avoir subi l’esclavage deviendrait ainsi actrice et responsable du son destin.

Cette carte témoigne donc de la radicalisation du discours du PPM sur l’autonomie (« sans autorité de tutelle, sans parrainage douteux »), même si les bases autogestionnaires étaient affirmées depuis longtemps. Ainsi, le message que veut transmettre le PPM par le biais de cette carte au préfet qui ne cache pas son hostilité aux positions autonomistes, est clair, sans équivoque et un brin provocateur.

Ce document concentre à la fois la perception des rapports de pouvoir à la Martinique à la fin des années 70 et l’expression d’une position politique énoncée avec vigueur, mais qui sera actualisée quelques années plus tard, en 1981, avec le moratoire sur l’autonomie.

 

Sources complémentaires

Pour en savoir plus sur l’idéologie, les combats du PPM et la lutte pour l’autonomie, le fonds du Cabinet du préfet contient de nombreux documents (rapports des renseignements généraux, tracts, discours, publications…). Le discours sur le moratoire du 25 juin 1981 d’Aimé Césaire conservé aux ADM est sur cette problématique, éloquent.  La presse de l’époque et du PPM conservée aux ADM est aussi une précieuse source d’informations sur cette thématique.