Colonialisme

Extraits du Discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire, Présence africaine, 1955.

 

Bibliothèque Schœlcher, Fonds André Breton, 325.3-2 CES (Réserve).

 

Reproduction soumise à autorisation.

 

Contexte et présentation du document

Cet exemplaire de la 2ème édition revue et augmentée du Discours sur le colonialisme, édité par Présence africaine, fait partie d’un ensemble de documents acquis par le Conseil général de la Martinique en avril 2003, lors de la vente aux enchères de la collection André Breton à l’Hôtel Drouot à Paris et conservé à la Bibliothèque Schœlcher. Cet exemplaire de belle facture, tirage numéroté en 30 exemplaires sur papier Alfa-Mousse, est dédicacé par l’auteur à son ami André Breton dont il s’est alors éloigné sans doute en raison de ses obligations politiques : « A André Breton dont seules de fugaces circonstances ont pu me séparer et l’assurance de ma fidélité à l’essentiel dont il reste à mes yeux l’interprète le plus qualifié ».

 

Commentaire historique

Comme pour le Cahier d’un retour au pays natal, l’écriture du Discours s’étale sur plusieurs années, environ sept, entre 1948 et 1955, date à laquelle la version définitive est publiée par les éditions Présence africaine. A l’origine du texte, un article de commande publié en 1948 sous le titre « L’impossible contact » par la revue Chemins du monde, en prévision d’un numéro consacré à la « fin de l’ère coloniale ». Contre toute attente, alors qu’il a carte blanche du comité de rédaction qui voit en lui l’ardent défenseur des thèses assimilationnistes schœlchériennes à travers la loi de départementalisation de 1946. Aimé Césaire, alors jeune député-maire communiste de Fort-de-France, rédige un article résolument anticolonialiste, trouvant là l’opportunité de dire ce que la tribune de l’Assemblée nationale ne lui permet pas dans un contexte politique devenu hostile à l’égard de l’URSS. Sa dénonciation de la barbarie du système colonial, de la sauvagerie de la civilisation occidentale est jugée trop radicale et est fortement critiquée par les membres de la revue.

 

Son article trouve un écho favorable, deux ans plus tard, en 1950, auprès des éditions Réclame à Nanterre, proches du Parti communiste, qui décident alors de le publier sous la forme d’une plaquette. Césaire, retravaille alors son texte et lui donne toute sa dimension pamphlétaire et communiste. Publié avec en ouverture un exergue de Jacques Duclos, secrétaire général par intérim du PCF (« le colonialisme, cette honte du XXe siècle »), le Discours se place résolument sous la bannière du Parti communiste. Repris par extraits dans le journal Justice, organe de la Fédération communiste de la Martinique, il devient un formidable outil de propagande au service de l’éducation des masses.

 

Par la suite, après la faillite des éditions Réclame, Césaire cède ses droits à son ami Alioune Diop, fondateur de la revue et des éditions Présence Africaine. Le texte subit de nouveaux ajouts et se rapproche définitivement des idéaux défendus par la maison d’édition en apportant une dimension réflexive et critique à la notion de race, en particulier, qui faisait  débat dans les milieux intellectuels de l’époque. Une deuxième édition du Discours, revue et augmentée, est ainsi publiée sous une forme définitive, en 1955.

 

Contexte historique

Texte de référence dans les milieux intellectuels noirs en Afrique et aux Antilles de l’époque, le Discours sur le colonialisme est écrit dans le contexte politique tendu de la décolonisation et de la lutte des peuples pour accéder à leur indépendance. En 1947, les ambitions malgaches sont réprimées dans le sang par l’armée française quand la couronne britannique permet à l’Inde d’accéder à son indépendance. Après dix ans d’un long conflit, l’Indochine accède à l’indépendance en 1954, année où l’Algérie entre en guerre à son tour contre sa métropole. Enfin, dans le contexte de guerre froide qui oppose le bloc soviétique au bloc occidental, 29 pays d’Asie et d’Afrique nouvellement indépendants refusent de s’aligner et proclament leur opposition au racisme et au colonialisme lors d’une conférence organisée à Bandung en 1955.