L'adhésion au Parti communiste

Lettre manuscrite d’Aimé Césaire adressée à Louis Adrassé, 19 mai 1945.

 

Archives départementales de la Martinique, fonds Louis Adrassé, 36 J 17.

 

Reproduction soumise à autorisation.

 

Contexte et présentation du document

Après la libération, le gouvernement provisoire de la République française présidé par le général De Gaulle réorganise les pouvoirs publics. L’ordonnance du 20 novembre 1944 applique les nouvelles dispositions prises aux territoires relevant du ministère des colonies. Ainsi, dès 1945, des élections générales sont programmées à tous les niveaux. Les élections municipales sont fixées à la Guadeloupe, à la Martinique et à la Réunion, les 27 mai et 3 juin 1945.

 

La Martinique a subi les affres de la guerre et en sort meurtrie sur le plan économique et social. La population, particulièrement les masses ouvrières, réclament de meilleures conditions de vie et de travail et leurs revendications trouvent écho auprès des communistes.

 

Les partis politiques brimés sous l’Amiral Robert se reconstruisent et se renouvellent après guerre. Aussi, cette consultation électorale est décisive pour juger de leur influence et de l’adhésion de la population.

 

 Au nom de la section communiste de Fort-de-France, Louis Adrassé, par l’intermédiaire de Suzanne Césaire propose à Aimé Césaire d’être candidat tête de liste du Parti communiste aux élections municipales de 1945. Cette lettre est la réponse d’Aimé Césaire à Louis Adrassé, membre du Comité régional de la Fédération communiste de la Martinique.

 

Commentaire historique

Cette réponse fait suite au vote du Comité de section de Fort-de-France réunit le 17 mai 1945 pour choisir les candidats pour les élections municipales de 1945. Louis Adrassé propose au Comité la candidature de Césaire qui est retenue par 22 voix contre 6 à Gratiant et 4 à Bissol. Aimé Césaire à la différence des candidats en lice n’est pas inscrit au Parti communiste. Il est choisi pour ses qualités intellectuelles et professionnelles. En effet, ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, professeur au Lycée Schœlcher, auteur de Cahier d’un retour au pays natal (1939), il est connu pour ses prises de positions culturelles à travers la revue Tropiques fondée en 1941.

 

Flatté par cette proposition, Aimé Césaire accepte avec une certaine réserve. Le vote doit être ratifié par le Comité régional et il le sera non sans heurts et tractations. Néanmoins, l’ensemble des militants du Parti communiste se mobilise autour de Césaire dont le charisme à séduit la population foyalaise.

 

Victor Sévère, maire de Fort-de-France (1900-1945), membre du Parti radical  se retire de la scène politique et l’affrontement se fait entre  les communistes et les socialistes.  Ainsi, le 27 mai 1945, la liste conduite par Aimé Césaire remporte les élections municipales au 1er tour de scrutin face à Joseph Lagrosillière. Elu maire de Fort-de-France à 32 ans, il le restera pendant 56 ans.

 

Intérêt historique

Ce document d’une richesse inestimable apporte un éclairage sur la manière dont Aimé Césaire a fait son entrée en politique singulièrement au Parti communiste. Il constitue une pièce incontournable de l’histoire politique d’Aimé Césaire et vient infirmer certains propos concernant sa candidature aux élections municipales de 1945.

 

Sources complémentaires

Pour en savoir plus sur le contexte politique des années 40-60 et la candidature d’Aimé  Césaire aux élections municipales de Fort-de-France en 1945, nous conservons aussi aux Archives départementales de Martinique des témoignages oraux dont ceux de Louis Adrassé recueillis par Edouard Delépine sous les cotes 11AV 22/1 et 11AV 22/2.