Sur les traces des ancêtres d’Aimé Césaire.

- Extrait d’acte de naissance d’Aimé Césaire, issu de son dossier d’enseignant, 1942.

Archives départementales de la Martinique, fonds du service de l’Instruction publique.

1230W6

- Arbre généalogique d’Aimé Césaire, établi par les Archives départementales de la Martinique, 2013

 

Présentation des documents

Ce document issu du dossier d’enseignant d’Aimé Césaire, lors de son affectation au Lycée Schœlcher, en tant que professeur de français, est l’une des pièces essentielles qui a permis de remonter le fil de l’histoire familiale jusqu’à la fin du 18ème siècle, en parcourant l’état civil de la Martinique en ligne sur le site de la Banque numérique des patrimoines martiniquais et des Archives nationales d’outre-mer.

 

Commentaire historique

L’arbre généalogique d’Aimé Ferdinand David Césaire, né le 26 juin 1913 à Basse-Pointe, met en exergue les particularités historiques de l’état civil à la Martinique (collections parallèles d’état civil, mais non identiques ; transposition du prénom pour les nouveaux libres en patronyme ; attribution d’un patronyme par l’officier d’état civil aux esclaves libérés en 1848). Il permet aussi de vérifier aux sources historiques le récit familial tel qu’il est publié.

 

Avant 1848, le régime juridique institué par l’esclavage ne reconnaissait pas d’état civil aux esclaves, ce qui a entraîné pour l’état civil la tenue de registres distincts suivant le statut des personnes. L’enregistrement des naissances des esclaves n’a commencé en Martinique qu’en 1832, et toujours sur des registres différents de ceux de la population libre.

En 1848, avec l’abolition de l’esclavage, les « nouveaux libres » vont faire l’objet d’une inscription aussi systématique que possible sur des registres spécialement ouverts à cette intention, appelés registres « d’individualité ».

De cette période à nos jours, l’inscription des actes d’état civil se fait sur des registres communs, sans discrimination, selon les lois applicables en France métropolitaine.

Aimé Césaire est issu d’une famille de cultivateurs et de petits propriétaires, catégorie sociale bien représentée dans la région du Lorrain, le berceau familial, qui a aspiré à la promotion sociale : le père, Elphège Fernand Césaire (1888-1966) était économe d’habitation, puis Contrôleur des contributions directes ; le grand-père paternel fut professeur au lycée de Saint-Pierre.

Sa fascination pour l’Afrique, s’explique par l’admiration incommensurable qu’il avait pour sa grand-mère paternelle Marie Eugénie Macni (1867-1944), qui représentait à ses yeux l’Afrique « pure » et « parfaite » : Adélaïde Macni (1812-1864), grand-mère de Marie-Eugénie, était née sur la côte d’Afrique.

Aimé Césaire se plaisait à revendiquer un ancêtre condamné à mort, pour avoir fomenté le complot de la Grand-Anse le 21 décembre 1833, sous le règne de Louis-Philippe. En réalité il ne s’agit que d’un mythe, car le premier Césaire de la lignée, fut affranchi en 1833 et mourut le 15 octobre 1861.

 

Intérêt historique

L’arbre généalogique d’Aimé Césaire dévoile toute la complexité du régime juridique de l’état civil, institué par le système esclavagiste. Il permet également de suivre les stratégies d’ascension sociale des descendants d’esclaves, à travers le métissage et les métiers exercés par les affranchis et les nouveaux libres. En conclusion, il nous aide à mieux comprendre l’influence des origines d’Aimé Césaire sur son engagement politique et littéraire.