3 - Gauguin et les impressionnistes

« Ce ne sont pas des résultats que je cherche, ce sont des documents que je range pour plus tard » (à Pissarro, 1882).

Pissarro et les impressionnistes
L’évolution de la peinture de Gauguin s’accélère à partir de sa rencontre avec Pissarro qui devient son mentor. , Pissarro, né en 1830 à Saint-Thomas, arrive à Paris en 1855. Il fait partie des fondateurs du mouvement impressionniste. En 1879, quand Gauguin rejoint officiellement le groupe impressionniste, le mouvement est en pleine crise : Monet et Renoir, chefs de file historiques, critiquent les nouveaux venus et le divorce entre les impressionnistes et les avant-gardes « réaliste » ou intellectualiste, menée par Degas, Cézanne, se consomme. Les années suivantes, scissions et oppositions entre anciens et nouveaux venus, stratégies marchandes pour vendre la peinture moderne sous l’étiquette « impressionniste » font voler en éclat l’identité originelle du groupe dans lequel Gauguin cherche par tous les moyens à se faire reconnaître. Gauguin, toujours patronné par Pissarro, regarde attentivement l’œuvre de Degas, tout en se comportant en concurrent. Jusqu’à son séjour tahitien, cette influence se fait sentir, plus ou moins avouée par l’artiste. Il découvre Cézanne, dont il achète des tableaux, et à travers lui, accède à de nouvelles compositions, inspirées de l’art de l’estampe japonaise.

La rupture
Cherchant à se différencier des suiveurs impressionnistes, et par goût personnel, Gauguin pratique la sculpture sur bois dès cette époque, avec un savoir-faire issu de ces voyages de marin. Au milieu des années 1880, le décalage entre la peinture de Gauguin et le courant dit « néo-impressionniste » représenté par Seurat et salué par la critique en 1886 devient flagrant, et Gauguin est isolé. Lui-même a assimilé rapidement toutes les leçons de son maître Pissarro, mais aussi de ses contemporains, pour aussitôt rechercher une voie radicalement nouvelle : les œuvres de ces années montrent les expérimentations dans la manière et la composition (Clovis endormi, Pour faire un bouquet) sous-tendues par la volonté de liberté vis-à-vis de la technique, du métier. Confronté à l’échec de son mariage, et souffrant encore de n’être considéré que comme un peintre amateur, Gauguin saisit la possibilité de s’échapper hors de Paris, en Bretagne, en 1886, puis à Panama.