14 - « an tan Robè », une pénurie alimentaire du XXe siècle (1939-1943)

Au cours de la Seconde guerre mondiale, la Martinique, dépendante de sa métropole, située dans la zone d’influence des Etats-Unis entrés en guerre contre le Japon et l’Allemagne nazie en décembre 1941, se trouve isolée. L’amiral Robert, Haut-commissaire des Antilles et de la Guyane, représentant le gouvernement de Vichy, exerce ses fonctions avec une autorité sans faille. Dès le début de la guerre, les relations avec la métropole sont rendues difficiles en raison d’un blocus imposé par les Américains qui va se durcir à partir de juillet 1943. Comme en métropole, les aliments de base comme le sel, la farine, le riz et l'huile sont rationnés. L’approvisionnement se fait en échange de coupons d'achat et sur présentation de la carte familiale. La pénurie provoque une inévitable flambée des prix.

La population doit ainsi faire preuve d’ingéniosité pour s'habiller, se loger, s'éclairer et surtout se nourrir. Des stratégies de survie développées autour du troc et de la débrouillardise se mettent alors en place au sein de la population. Ceux qui le peuvent cultivent un petit jardin où ils produisent de quoi s’alimenter : racines, bananes, fruits à pain et pois. Face à cette situation, tous les efforts de l'amiral Robert portent sur la recherche de l'autosuffisance alimentaire et un développement autocentré : plan d'extension des cultures vivrières (la banane, la patate, le chou, les haricots ou pois, le manioc, l'arachide) et recul des cultures d'exportation (canne à sucre, bananes, ananas). L’objectif à atteindre est de couvrir en cultures vivrières au moins 20% des propriétés de plus d’un hectare plantées en cannes ou en ananas. Cependant, en dépit d'une extension des surfaces consacrées aux cultures vivrières, le plan de développement agricole de la Martinique échoue en raison d’un manque d'outillage et en l’absence d’un engagement réel de la plupart des planteurs.