2 - La voie vers la peinture

Une vie bourgeoise
De retour à Paris, Gauguin trouve un soutien moral et matériel auprès de Gustave Arosa, qui a été son tuteur. D’origine espagnole, c’est un riche homme d’affaires qui possède une imprimerie d’art. Grâce à Arosa, et avec un confortable héritage de son grand-père, Gauguin obtient une place d’agent de change qui lui permet une vie bourgeoise et opulente, jusqu’au krach boursier de 1882. Il rencontre Mette Gad, une Danoise qu’il épouse en 1873, et dont il a cinq enfants, nés entre 1874 et 1883 : Emile, Aline, sa préférée, Clovis, Jean et Pola.

Les débuts en peinture
Son intérêt pour la peinture lui fait débuter une collection qui comptera des grands noms de l’époque : Pissarro, Monet, Renoir, Cézanne… En amateur, il commence à peindre à l’époque de son mariage, et manifeste bientôt des ambitions dans le domaine artistique. Il expose une œuvre au Salon de 1876. Mais surtout, il rejoint le groupe impressionniste, qui a tenu sa première exposition collective en 1874. En 1879, il prend part comme mécène, mais aussi comme artiste, à la 4e exposition impressionniste. En 1882, la belle situation économique de la famille Gauguin s’effondre. Le krach boursier ruine Paul, qui songe sérieusement à se consacrer uniquement à la peinture qui l’absorbe de plus en plus, au détriment de sa vie familiale.

Vers la vie d’artiste
L’heure du choix vient, précipité par la perte de son emploi. En 1883, il part pour Rouen, avec la résolution d’être peintre et esquisse une réflexion théorique sur l’art dans ses Notes synthétiques. Il est contraint de vendre sa collection de tableaux. Sa femme, Mette, fatiguée des expédients pour survivre, regagne le Danemark avec leurs cinq enfants. Hésitant, Gauguin la rejoint, avec un vague emploi de représentant de commerce, avant de rentrer à Paris en 1885. Talonné par les besoins d’argent, Gauguin espère pouvoir s’établir en tant qu’artiste. Ne s’est-il pas déclaré comme tel à la naissance de sa dernière fille ? Cependant, l’incompatibilité entre les projets assez égoïstes de Paul et le tempérament de Mette, décrite par Victor Ségalen comme « protestante septentrionale, toute pourrie de vertu », qui se préoccupe surtout du bien-être des siens, devient flagrante. Gauguin gardera jusqu’en 1891 le vague espoir de la réconciliation, très sensible dans les lettres de Martinique.