5 - Naissance du jardin créole

Dans la pratique, les esclaves doivent très souvent pourvoir à leur propre nourriture, l’« ordinaire » distribué par le maître étant insuffisant. Ils reçoivent un lopin inculte et y plantent des vivres (arbres, racines, pois, bananes…). Ils ne peuvent y travailler que les dimanches et les jours de fête qui ne sont pas employés au profit du maître, ou durant les deux heures de relâche qu'on leur accorde chaque jour.

Le système du Samedi nègre

En Guadeloupe, puis en Martinique, une coutume importée par les colons Hollandais se répand : certains esclaves ne reçoivent ni nourriture ni habits mais jouissent en compensation d’un lopin de terre pour y travailler le samedi. Le « Samedi nègre » est un jour réservé aux esclaves pour cultiver des vivres.  Cette pratique a été abondamment critiquée par les administrateurs qui y voyaient un danger pour l’institution esclavagiste. Pourtant, dans les années 1840, les deux-tiers des habitations de Guadeloupe et de Martinique l’adoptent.

Une production vivrière par les esclaves, pour les esclaves

C’est dans ces jardins-cases plantés de fruitiers et de plantes médicinales, et les jardins créoles situés aux confins de l’habitation où sont cultivées les racines, que les esclaves puisent l’essentiel de leur nourriture. Les plus habiles en tirent bon compte, par la vente du surplus de leur production. C’est pourquoi ils y sont extrêmement attachés, comme en témoigne un fait divers survenu en 1806 au Marin : un atelier d’esclaves au complet assassine le géreur de l’habitation, car celui-ci les a forcés à détruire leurs jardins vivriers pour les planter en canne.

Les principaux éléments de l'alimentation des esclaves sont les tubercules (le manioc, l'igname, la patate, le chou-caraïbe, etc.), les céréales (le mil, le maïs), les pois, la banane verte. Les viandes et poissons occupent une place très faible dans l'alimentation des esclaves : le bœuf salé et la morue salée, et seulement les jours de fête, le cochon, la volaille et les crabes.