3 - Se nourrir ou produire, un dilemme colonial

Dès le début de l'exploitation des terres de la Martinique au milieu du XVIIe siècle, un équilibre entre une agriculture de rapport (tabac, indigo, canne à sucre) et une production vivrière est recherché.
Le spectre de la disette
La question de la subsistance, pour les colons, les engagés français, et surtout les esclaves qui arrivent en masse dès les années 1670, ne se pose pas de la même manière qu'en Europe, traversée par de graves crises de subsistance dues aux aléas climatiques, aux guerres et au défaut des moyens de communication pour l’acheminement des produits agricoles. Les cyclones menacent en permanence les jardins vivriers.
Mais surtout, le désir de s'enrichir et le système économique colonial poussent les planteurs à consacrer toujours plus de terres aux cultures d'exportation et à importer des vivres de conservation longue (viandes et poissons salés, légumes secs).
Le cycle de la canne à sucre
Après le cycle du tabac, du coton, de l'indigo et du café, la canne s'installe comme monoculture dès le XVIIe siècle et envahit toutes les terres basses. Cultivée par les esclaves de plus en plus nombreux (ils sont plus de 70.000 en 1767), la canne sert essentiellement à la production du sucre, exporté puis raffiné en Europe. Cependant, elle fournit aussi des sous-produits qui prennent rapidement une grande place dans l'alimentation locale : les sirops et mélasse, les alcools (rhums, tafia ou guildive). Dans un contexte de disette, ces produits viennent compléter voire remplacer, en particulier chez les esclaves, les aliments que l'on ne peut se procurer, provoquant ainsi de graves carences alimentaires et une forte dépendance à l’alcool.