1 - Une jeunesse bercée par le voyage

« Je suis un sauvage du Pérou »

1848, année de l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises. 7 juin, naissance de Paul Gauguin, rue Notre-Dame de Lorette, à Paris.

Le Pérou
La famille paternelle est originaire d’Orléans. Par sa mère, Gauguin a des origines métisses espagnoles et amérindiennes, origines qu’il revendiquera toute sa vie. Sa grand-mère, Flora Tristan de Moscoso, grande amie de George Sand, est restée célèbre pour son engagement en faveur de la cause ouvrière et féminine : elle dénonce la condition faite aux ouvriers et aux esclaves, et réclame, en faveur des femmes, le droit au divorce. Flora Tristan meurt d’épuisement à Bordeaux en 1844. Du mariage de Flora Tristan avec André Chazal naît Aline, qui épouse Clovis Gauguin, journaliste au Républicain. Les époux Gauguin ont deux enfants, une fille aînée, Marie, et le cadet Paul. Paul n’a que deux ans lorsque, par suite du coup d’Etat du Prince Napoléon, Clovis Gauguin, craignant des représailles en raison de ses opinions républicaines, s’embarque avec sa famille pour le Pérou. Clovis meurt au cours du voyage, et seuls Aline, la « très noble dame espagnole » et ses deux enfants sont reçus dans l’importante et opulente famille Moscoso.

Orléans - Paris
De retour à Orléans à l’âge de 7 ans, Paul Gauguin bénéficie d’une solide formation religieuse dispensée par l’évêque d’Orléans lui-même. Il garde cependant de ses liens familiaux lointains des souvenirs mi-réels, mi-mythiques, et un goût marqué pour l’ailleurs. Après des années de scolarité à Orléans, puis à Paris, il décide en 1865 de s’engager sur les voiliers de la marine de commerce. Il n’a que 17 ans.

Gauguin marin
Il effectue deux voyages du Havre vers Rio de Janeiro en tant que pilotin sur le trois-mâts Luzitano, de la Compagnie des Chargeurs réunis. En 1866, il embarque sur le Chili, trois-mâts cap-hornier de la compagnie Bordes Lequellec, représentée à Fort-de-France par la maison Rimbaud. S’il est désormais établi que Gauguin n’a pas été en Océanie avec ce bateau, qui desservait l’Amérique latine par le Cap Horn, il a touché Fort-de-France, où lui est remise la lettre annonçant la mort de sa mère le 8 juillet à Saint-Cloud. Toujours marin, Gauguin effectue son service militaire sur le Jérôme Napoléon (devenu en 1870 le Desaix), où il rencontre un de ses grands amis de l’époque martiniquaise, Favre, surnommé « le Marsouin ». Il quitte la marine en 1871.